Contre la biomascarade, pour des forêts vivantes !

Usine à Pellets torréfiés de Bugeat-Viam : pourquoi l’abandon du projet est une victoire pour le Plateau

Communiqué du 12 décembre 2019

Les associations Corrèze Environnement, Sources et Rivières du Limousin et Non à la Montagne Pellets portent actuellement un recours devant le Tribunal Administratif de Limoges contre l’autorisation administrative délivrée à la société CIBV pour l’exploitation et la transformation de la forêt limousine en charbon à destination de groupes industriels parisiens.

Elles déposent ce jour un nouveau mémoire devant le Tribunal afin d’obtenir de la justice un coup d’arrêt définitif à un projet annoncé le 9 décembre comme abandonné par son promoteur.

Aujourd’hui certains responsables publics tentent de caricaturer notre discours afin de conserver la face devant l’évidence : le projet CIBV d’usine à pellets était un projet mort-né, médiocre sur le plan technique et industriel, et irrationnel sur les plans économiques et écologiques. Qui plus est, au mépris du bon sens et de leurs concitoyens qui les en alertaient, ces mêmes responsables ont accordé une confiance déraisonnable au promoteur du projet, alors que celui-ci dès la première heure était abandonné par ses partenaires industriels puis financiers, et dont les talents d’entrepreneur auront simplement réussi à placer en redressement judiciaire la SOMIVAL, maison mère de CIBV, et à accumuler les dettes.

Les associations se désespèrent par ailleurs à constater que sur le terrain certain(e)s élu(e)s locaux, plutôt que faire amende honorable tendent à simplifier à outrance les enjeux de ce dossier, construisant un discours caricatural selon lequel nos associations s’opposent au développement économique local et à l’emploi sur le plateau, au motif d’une philosophie « anti-tout ». Ce discours ridicule doit à nouveau être démonté, comme il l’a été dans deux précédents communiqués publiés en décembre 2017 et avril 2018. Nos associations sont composées de citoyens et d’experts qui sont légitimes à penser et agir sur leurs territoires. On nomme cela « démocratie participative » et « démocratie environnementale ».

Nos associations ont toutes pour objet statutaire la protection de l’environnement, mais également le développement humain soutenable de nos territoires. Non à la Montagne Pellets en particulier a notamment pour objet « De maintenir et développer toutes les composantes économiques et sociales du secteur de Viam et de Bugeat (agriculteurs, artisans, etc.) ou les communes environnantes. De veiller à une utilisation des deniers publics et à une attribution d’aides économiques et de subventions, permettant de préserver l’environnement, les activités économiques et sociales et les services publics situés à Viam et à Bugeat ou les communes environnantes. »

Nos arguments pour une Montagne limousine humaine, sociale et soutenable, et donc contre ce projet industriel prédateur et destructeur n’ont pas changé, et il convient de les appeler ici, afin de ne pas nous laisser dessaisir de notre discours.

1. Les souches et branchages ne sont pas des « ressources à valoriser ».

Ce sont des matières indispensables à l’entretien de la richesse biologique des sols, qui sont déjà lourdement sollicités par le modèle d’exploitation par oupes rases en cycles courts. Ces matières doivent être laissées sur place, ce ne sont pas des « ressources » délaissées.

2. Les impacts environnementaux de ce projet l’emportent largement sur ses avantages économiques.

Pollutions directes et indirectes, dégradation des routes et nuisances de royeurs et fours fonctionnant en continu jour et nuit, impacts sur les espèces protégées vivant à proximité du site, impacts sur le mode de gestion forestière par généralisation des coupes rases et exportation des souches, emportant perte de biodiversité et destruction des sols… La création d’une petite vingtaine d’emplois ne doit pas être le prétexte à tout et n’importe quoi, surtout lorsque l’activité à laquelle ils correspondent met en péril un nombre au moins équivalent d’emplois, que ce soit dans le voisinage ou au sein de la filière bois.

3. Le projet CIBV correspond à une recherche de profits avec l’utilisation de fonds publics, bien plus qu’à un quelconque souci de « transition énergétique ».

Il profite avant tout de l’effet d’aubaine ouvert par la nouvelle politique énergétique européenne, et il bénéficie également, ainsi que l’ont récemment reconnu ses promoteurs, de la scandaleuse politique d’élagage organisée par le président du département de la Corrèze.

4. L’autorisation a été accordée dans le cadre d’un détournement des objectifs de la démocratie environnementale.

L’ensemble des arguments techniques et juridiques contre ce projet industriel ont été mis en débat sur la place publique par le public et nos associations, sans jamais que des réponses précises soient apportées. Certains élus locaux se sont enfermés dans un déni de démocratie imposant leur légitimité élective à la légitimité participative et oubliant qu’ils sont aux « responsabilités » et non au « pouvoir ». Le résultat est une autorisation administrative qui ne répond à aucun des enjeux sociaux et environnementaux qu’elle soulève. Et le fait que nos associations saisissent le juge administratif est une composante essentielle de l’Etat de droit et de la démocratie environnementale, et ne peut nous être reproché sans s’inscrire dans une posture anti-démocratique.

Considérant notre combat légitime, et rappelant qu’il est soutenu par des milliers de citoyens engagés pour la protection de l’environnement et le développement humain soutenable de nos territoires, nous accompagnerons ce dossier jusqu’au bout dans cet objectif.

Les associations Corrèze Environnement, Sources et Rivières du Limousin et Non à la Montagne Pellets, qui n’avons jamais cessé d’agir dans le cadre des procédures démocratiques et en toute transparence, appelons les acteurs de ce dossier à cesser de caricaturer le sens de nos actions et à ré- envisager ce projet dans toute la complexité et la profondeur qui a pu leur manquer. Nous nous félicitons de l’absence d’installation de l’usine depuis son autorisation (que rien n’empêchait faut-il encore le rappeler), et de l’annonce récente par M. Gaudriot, président de la société CIBV, de son abandon (pour cause de procédé technique non mature, de faillite de ses sociétés, et d’abandon dessoutiens financiers publics). Il s’agit d’une victoire pour l’avenir du plateau de Millevaches, et les discours embarrassés de certain(e)s élu(e)s prétendant sauver la face avec des propos électoralistes, simplistes et mensongers, ne masqueront pas cette réalité-là.

 

 

Anciens messages  (2018) :

Malgré des mois d’une contestation de plus en plus affirmée, la préfecture a donné son accord le 30 mars dernier pour la création de l’usine à charbon (pellets torréfiés) de Bugeat-Viam. L’association Non à la Montagne-pellets  s’oppose depuis le départ à ce projet néfaste d’extraction industrielle de « biomasse », opposition au cours de laquelle nous avons déjà mené de nombreuses actions.

Nous continuerons à le faire jusqu’à l’abandon du projet.

CIBV, POURQUOI S’OPPOSER ?

1. Le prélèvement des souches et rémanents ou le défriche­ment de parcelles à  l’aban­don sont une menace pour les sols et pour la diversité du vivant, ainsi que pour tous les emplois qui sont liés à la préservation de ceux­-ci.

CIBV encourage et reproduit un modèle de développement indus­triel destructeur et court­termiste, qui va à l’encontre de toutes les al­ternatives possibles et nécessaires, pour le bien des hommes comme des milieux naturels. CIBV, c’est la monoculture plutôt que la diver­sité, le dessouchage plutôt que la restauration des sols déjà épuisés, la coupe rase plutôt que la sylvicul­ture douce, l’exploitation forestière pour la biomasse plutôt que pour la construction ou le bois de chauffage. C’est la concentration des ressources et des profits dans les mains de quelques industriels et financiers, quelles qu’en soient les conséquences locales, plutôt que la multiplicité des usages de la forêt, considérés depuis chaque portion de territoire avec ses besoins et ses particularités.

2. La politique énergétique de remplacement des énergies fossiles par la biomasse n’est PAS une solution pour lutter contre le réchauffement climatique.

Les émissions de CO2 liées à la produc­tion industrielle de la biomasse (ex­traction, collecte, transformation, transport), ajoutées à celles de sa combustion, ne changent rien aux émissions globales de carbone ; la convoitise industrielle sur la « biomasse » encourage au contraire la suppression des puits de carbone (remplacement de forêts par des champs d’arbres à cycle court, prélèvement des souches et réma­nents) et de la biodiversité.

3. L’installation d’une unité de collecte et de transforma­tion industrielle provoquera de nombreuses nuisances directes.

Augmentation de la circulation des camions et des dégradations de voirie associées ; pollutions sonore (broyage), olfactive (torréfaction), sanitaire (dissémination de composés organiques volatiles) ; per­turbation des écosystèmes voisins (bassin versant, zones de protec­tion spéciale à proximité immédi­ate…). Les expériences vécues par d’autres riverains (à Égletons par exemple) montrent que les engage­ments initiaux sur cette question ne sont jamais tenus, et qu’il est ex­trêmement difficile ne serait­-ce que de faire respecter les normes en vigueur. Au­-delà de l’unité de pro­duction proprement dite, l’approvi­sionnement en matière premièredans un rayon de 80 km, avec l’in­stallation de plates­formes inter­médiaires de broyage au gré des chantiers, impliquera les dégâts environnementaux et sociaux in­hérents à l’exploitation industrielle de la forêt.

4. Tout ça pour une vingtaine d’emplois annoncés, fi­nancés à grand renfort d’ar­gent public (7 millions d’euros).

Des emplois qui ne vont pas s’ajouter au « bassin d’emploi » lo­cal mais plutôt le concurrencer, et qui incarnent en vérité une certaine idée de ce que c’est que vivre et travailler au pays : en l’occurrence, se mettre au service d’un industriel dont les préoccupations ne sont évidemment pas tournées vers l’in­térêt commun mais déterminées par le profit. Contrairement à ce qui a été avancé par le porteur de projet, il ne s’agit pas d’une valori­sation locale de la ressource mais de l’application du modèle colonial d’extraction de matière première suivant les besoins de la métropole. L’inquestionnable argument économiste et le chantage à l’em­ploi qui l’accompagne (et quels emplois – des postes en 3 x 8 dans des conditions de travail partic­ulièrement délétères) cachent en fait le bradage du territoire contre des miettes (et quelles miettes – l’espoir de quelques improbables retombées pour les communes de Bugeat et Viam) au détriment de toute une population.

5. Les forêts ne sont pas des mines à charbon. Un point c’est tout.

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