Article paru dans le journal La Trousse Corrézienne de mai-juin 2018

LA FORÊT LIMOUSINE une mine de charbon à ciel ouvert

L’État vient de créer un cadre légal pour une mine de charbon : les forêts du Limousin ! On en a déjà parlé dans la Trousse de janvier, le rêve de Carbon Ingen’R Bugeat Viam (CIBV) c’est une usine qui fabriquerait 40 000 tonnes annuelles de granulés de charbon à partir de bois vert. La procédure administrative avance comme un bolide. L’enquête publique a été bâclée par un commissaire partial¹. La réunion du CODERST (Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques) a eu lieu le 8 mars (l’opposition était dedans et dehors), et, fin mars, le préfet a publié les arrêtés autorisant les travaux. Devant tant d’auto-satisfaction et d’hypocrisie, il y a urgence à se mobiliser, tant sur le plan juridique et que sur le terrain. Et il faut avant tout expliquer pourquoi.

Dans le dossier d’enquête publique², le révérend père Gaudriot (PDG de CIBV) nous explique que la destination du charbon en gare de Viam est… inconnue ! Mais on devine aisément le terminus : les anciennes centrales thermiques à charbon qui servent au réseau d’électricité. Produire de la chaleur à partir de l’électricité, c’est comme engraisser des porcs avec de la truffe. À part ça, tout va bien.

Ce projet est un projet d’exploitation forestière. Le principe d’approvisionnement de l’usine est de couper les peuplements dits « pauvres » (taillis et accrus générés par la disparition des petits paysans) : officiellement quatre-cent hectares annuellement coupés ras pendant vingt ans. Sauf que le commentaire laissé par la société Arbogeste dans le dossier d’enquête publique dit plutôt huit-cent hectares par an si l’on considère bien les objectifs de production. Une enquête publique qui se termine par une sous-évaluation de l’impact du projet ne serait-elle pas destinée… à être annulée par la justice administrative ?

Côté émissions de gaz à effet de serre, l’étude d’impact  se contente d’une phrase : une futaie stocke plus de carbone qu’un taillis, respectivement 67 tC/ha contre 32 tC/ha. Pas un mot sur le processus : couper les taillis et les brûler génère des émissions bien avant de récupérer le carbone par la pousse des futaies adultes. Ça n’intéresse personne de connaître l’impact de la déforestation avant de re-stocker du carbone par une futaie adulte ? D’autant plus qu’on coupe le douglas à quarante ans alors qu’il n’est encore qu’un bébé et qu’il n’a pas rendu au sol ce qu’il lui a pris.
Dans cette étude d’impact, il n’y a absolument aucune évaluation des émissions de gaz à effet de serre qui seraient dûes à la construction de l’usine, par son fonctionnement, le transport par camions et par voie ferrée. Ni rien sur les émissions dûes à l’utilisation de ces pellets. Ni rien sur les effets de la vapeur d’eau produite par les cheminées des unités de refroidissements, ce gaz étant pourtant le plus fort en termes d’effet de serre. Osons poser la question : est-ce vraiment une étude d’impact ? Est-ce que dans le terme « enquête publique », il n’y aurait pas le terme « enquête » par hasard ?

Enfin le meilleur pour la fin : à propos du trafic routier, l’étude d’impact (page 162 ICPE 1) dit que l’accroissement du passage de camions sur la RD 979 serait de 15 %. Le commissaire enquêteur rapporte (page 11 de son rapport) que ce serait 70 %. Le calcul d’une personne dans le registre d’enquête publique aboutit à 150 % ! Tout dépend du tonnage des camions : plus ils sont gros, moins il en passe. Les conseils municipaux de Bugeat et de Viam se sentiront peut-être concernés par cette tromperie caractérisée. Ils ont donné leur feu vert pour une légère nuisance, les habitants auraient l’enfer sonore en retour ? Et ils paieraient la réfection des routes abîmées tandis que Gaudriot encaisserait les dividendes ?
Il ne faut pas poser le problème du projet CIBV dans l’impasse de la situation économique présente, avec ses « emplois à la clef ». Il nous faut penser le tout, intégrer la réflexion énergétique dans la question politique et sociale. En attendant, la lutte contre la légalité de ce projet est de toute première nécessité pour le Limousin, et utile pour la construction d’une réflexion alternative. No passaviam !

1 – Association Non à la Montagne Pellets – https://bit.ly/2H4j66l
2 – https://bit.ly/2ztthOe

Par Corrèze Pondant

Position de l’association « Sources et Rivières du Limousin »

PROJETS INDUSTRIELS :
Carbon Ingen’R Bugeat Viam (CIBV) : quand la réalité dépasse la fiction !

CIBV, un beau projet pour le territoire du PNR de Millevaches ?

Pourquoi être contre a priori un si beau projet industriel local et innovant, qui est par dessus le marché écologique puisqu’il a recours au bois, matériau noble et vert par excellence et qui permet de réduire fortement les émissions de CO2 des villes qui vont bénéficier du combustible ainsi créé en substitution au charbon. Ce projet de pellets torréfiés permet en plus de réhabiliter une zone industrielle inoccupée et polluée, tout en dopant la création d’emplois locaux, au moins 17 personnes nous dit on.

Telle est la question que se posent bon nombre de personnes qui n’ont soit pas lu le dossier d’étude d’impact (fort indigeste au demeurant) soit pas compris les effets négatifs et cumulés en cascade d’un tel projet tant autour de Bugeat (installation classée oblige), que sur l’ensemble de la zone d’approvisionnement en bois à 80 km de rayon.

Une enquête publique bâclée et un déni de démocratie

L’enquête publique n’a eu lieu que sur les communes de Bugeat et Viam alors même que tout le Parc de Millevaches, et au-delà les territoires de Corrèze et des Combrailles sont tout autant concernés par la zone d’approvisionnement en bois.

L’enquête publique contrairement à l’habitude a mobilisé très largement la population lors de l’unique réunion publique organisée par le commissaire enquêteur, en séance en mairie, comme sur les registres d’enquête internet ou papier (presque 200 pages de registre au final).

De très nombreux positionnement bien argumentés et chiffrés ont montré toute l’incohérence de ce projet localement, tant du point de vue économique qu’écologique et social.

Pour autant, l’avis final du commissaire enquêteur a été tout à fait favorable au projet présenté et ce malgré toutes les lacunes et omissions relevées par les habitants, associations constituées et professionnels de la filière bois.

Un projet d’ICPE1 localement aberrant pour la santé des populations

Nous avons affaire dans ce cas à un gros projet industriel qui va accueillir sur zone au moins deux industriels, Carbon Ingen’R pour la production de pellets torréfiés et Lyaudet pour le broyage de souches.

Ces deux activités relèvent logiquement du régime ICPE mais seule l’activité de production de pellets a fait l’objet d’un dossier d’étude d’impact et d’une enquête publique.

Par ailleurs, le site situé au vent du bourg de Bugeat à seulement 1,5 km va nécessairement générer de nombreuses nuisances à la population : bruit des broyeurs, poussières, trafic poids lourds, émissions de gaz de combustion, pollution des eaux.

La qualité de l’air extérieur qui était jusque là un des bienfaits du plateau va sérieusement être impactée dans le périmètre immédiat du projet et notamment dans Bugeat et dans les villages proches. Potentiellement le centre sportif de Bugeat pourrait même ne plus accueillir de sportifs de haut niveau. Le bruit sera aussi une très forte nuisance régulière autour du site.

Un projet totalement fou pour la préservation et l’amélioration des forêts

Il y avait déjà beaucoup à redire sur la gestion des forêts en Limousin et sur le plateau de Millevaches en particulier, mais avec ce projet censé ramasser tous les andains de branches et les souches des arbres abattus, on atteint là le summum de l’incohérence en matière de gestion forestière.

La forêt est par essence un immense moteur à recycler le carbone et donc à recycler la matière végétale. C’est son fonctionnement normal qui se réalise grâce à une myriade d’espèces (insectes, champignons, bactéries, oiseaux, …) qui jouent toutes un rôle dans ce recyclage permanent de la matière.

Ainsi prélever toute la biomasse et ne rien laisser au sol est totalement contre nature et ne laissera derrière ces zones que champs de ruines stériles.

Plus grave, avec ce projet on légitime un système très néfaste et court-termiste de gestion de la forêt, celui de la plantation suivie ou précédée de la coupe rase ou coupe à blanc.

Ce ne devrait pas être le mode courant de gestion de la forêt mais plutôt l’exception or en Limousin, ce système est devenu quasiment le seul système mis en pratique. A contrario, la gestion pérenne des forêts en futaies irrégulières est totalement marginalisée.

Le broyage des souches va renforcer et intensifier encore un peu plus cette logique mortifère, car jusque là les souches n’étaient pas toujours prélevées, parfois, les replantations étaient faites en laissant les souches en place. Les rotations de coupes sur les parcelles risquent encore d’être raccourcies de ce fait, alors qu’on coupe déjà les douglas à 35 ans, quand il faudrait les laisser pousser au moins jusqu’à 60 ou 70 ans. Les accrus forestiers de bouleaux ou de chênes vont eu aussi subir le même sort à un rythme soutenu pour alimenter des besoins toujours croissants de la filière.

L’eau et les sols fortement impactés, une acidification accrue à prévoir

De même puisque nous sommes en contexte granitique, les sols acides sont peu fertiles et l’eau est déjà très acide, phénomène renforcé par la pollution mondiale et les pluies acides associées.

Le maintien de la matière organique dans les sols est le moyen le plus simple de limiter cette acidification qui va croissant depuis 50 ans sur le Massif Central et tous les massifs granitiques.

Ainsi, prélever les souches va faire descendre encore le pH de l’eau qui est déjà critique (pH<4,8) dans certaines communes, où des captages sont particulièrement touchés par la présence d’aluminium toxique dans l’eau. On frise parfois un niveau égal à trois fois la concentration maximale recommandée en aluminium dans l’eau (niveau OMS fixé à 200 µg/L) or ces communes n’ont pas conscience qu’avec ce genre de projet industriel, le problème va encore s’accroître rapidement.

On proposera alors sûrement aux communes des systèmes coûteux de traitement de l’eau alors même qu’il suffirait d’avoir des pratiques en adéquation avec les contraintes et caractéristiques du territoire.

Il serait possible de continuer encore la liste des impacts à prévoir d’un tel projet, sur le plan touristique, paysager, forestier, …

Manifestement les élus locaux ne l’entendent pas ainsi puisque ravis de voir arriver ce beau projet, ils se sont même constitués en association pour le défendre. On croit rêver… ou plutôt être en plein cauchemar.

L’avenir dira qui avait raison …. et si l’expression des habitants fortement mobilisés contre ce projet, mais qui fut aussi très stigmatisée, n’était pas au final l’avis le plus éclairé et pertinent pour préserver la vie et un avenir possible sur ce territoire.

1Installation Classée pour la Protection de l’Environnement

Jean-Jacques Gouguet, professeur émérite d’économie et d’aménagement du territoire de l’Université de Limoges et président de Sources et Rivières du Limousin a adressé en début d’année sa démission du Conseil scientifique du parc au président du PNR Millevaches.

Cette démission n’a pas été la seule dans ce contexte : un autre membre du Conseil scientifique ainsi que le chargé de mission « forêts » du PNR ont également pris le large. Nous reproduisons ici la lettre de démission de Jean-Jacques Gouguet

« Après mûre réflexion et discussion hier en conseil d’administration de Sources et Rivières du Limousin, j’ai pris la décision de démissionner du conseil scientifique du PNR Millevaches.

La première raison est l’instrumentalisation du conseil scientifique dans la contribution du Bureau du parc à l’enquête publique concernant le projet CIBV qui est inadmissible. Il est affirmé en effet, pour justifier la position favorable au projet du Bureau, que le conseil scientifique « a été mobilisé depuis près d’un an sur ce dossier afin d’étudier les documents disponibles relatifs au projet, et d’éclairer les instances du Parc Naturel Régional de Millevaches en Limousin en charge de ce dossier ». Je rappellerai simplement que j’avais envoyé la proposition suivante : « Il me semble donc que nous avons besoin d’une étude d’impact globale et non pas d’une étude d’impact limitée à une unité de production. Cela peut être intégré dans le débat préconisé avec l’absolue nécessité de participation réelle du public. Pourrait-on préconiser une vraie conférence de citoyens ? ». Tout cela est resté lettre morte : on a une pseudo étude d’impact purement ponctuelle ; la concertation « à la française » fait sourire.

La seconde raison provient du non respect de la devise adoptée à l’initiative du CORP* pour définir les PNR : « Une autre vie s’invente ici ». Or sur le territoire du PNR Millevaches

  • Nous venons d’échapper à une poubelle nucléaire

  • Il y a déjà un élevage industriel de bovins

  • La gestion et l’exploitation de la forêt est calamiteuse.

On rajoute une unité industrielle de destruction des sols et de la biodiversité (coupes à blanc et enlèvement des souches). Tout cela fait beaucoup et j’ai une réputation académique à défendre. Par ailleurs, ce n’est vraiment pas ma conception de la devise « Une autre vie s’invente ici. »

Le 17 janvier 2018

Jean-Jacques Gouguet

* Conseil d’orientation, recherche et prospective de la fédération des PNR

Pour aller plus loin:
L’avis du Conseil scientifique du Parc
Communiqué de presse inter-associatif
Contribution inter-associative à l’enquête publique

Article paru dans IPNS au mois de septembre 2017

Main basse sur la forêt !L’année 2017 commence à peine : les habitants de Bugeat et Viam, deux communes de Corrèze, apprennent par le bulletin municipal qu’ils ont été choisis pour vivre en direct l’une de ces expériences industrielles conduites au grand bénéfice du climat. Une usine de “pellets torréfiés“ projette de s’implanter en limite des deuxvillages ; la première de ce type en Europe. Deux habitants du Plateau qui ont étudié le dossier nous expliquent exactement de quoi il en retourne.

Les rédacteurs du bulletin municipal se félicitent de l’importance de l’événe-ment. Ils reproduisent à la virgule près la prose alléchante des promoteurs. On y vante l’incroyable supériorité du nouveau combustible, tous les bienfaits environnementaux dont il est porteur. Ses qualités énergétiques sont proches de celles du charbon, mais il n’en a plus les défauts.

Une aubaine sur un  champ de ruine
L’usine de Bugeat-Viam sera construite sur un terrain de 27 hectares, constitué par l’actuelle gare-bois et la zone industrielle voisine. Toutes deux ont été aménagées après la tempête de 1999, il y a presque 20 ans, par le Syma A89 (Syndicat mixte d’aménagement en Haute Corrèze). Un établissement public qui se consacre à des infrastructures destinées à la “filière bois“.
L’inauguration vit se déplacer l’ordinaire des sommités locales et même le directeur général de la SNCF. Mais l’investissement fut loin de connaître le succès escompté. Il constitue même une sorte de cas d’école en matière de gestion désastreuse des deniers publics. Personne, en effet, n’a réussi jusqu’à ce jour à voir un train et son chargement quitter cette “gare-bois“. Et la zone “industrielle“ attenante, à l’abandon, ne connut qu’un usage calamiteux.
Que ce champ de ruines puisse aujourd’hui intéresser un repreneur, devenir le théâtre d’une vraie activité industrielle, créer des emplois, voilà qui passera facilement pour un miracle aux yeux des élus et responsables du coin. Pourquoi y regarderaient-ils de plus près ?
La nouvelle fut rapportée dans le Populaire du 27 février 2017. “Des investissements à hauteur de 20 M€ et une quinzaine d’emplois en Haute Corrèze“, titre un article dans la rubrique “économie“. Les promoteurs du projet annoncent de leur côté vingt emplois sur place, et quarante de plus pourl’activité forestière locale et l’acheminement de la matière première.
Pour les entreprises impliquées, le montage fait sérieux. Une officine privée d’aménagement du territoire, la SOMIVAL, agit en commanditaire direct, avec l’aide opérationnelle de deux de ses filiales. Elle affiche les partenariats suivants : Eiffage (3egroupe français du BTP), Dynalim (un fonds d’investissement régional qui se consacre aux PME), les Charbonnages de France, et même le CEA qui, paraît-il, produit du “pellet torréfié“ au titre de ses recherches sur les énergies alternatives.

De l’art d’accommoder les restes
La matière première du pellet “nouvelle génération“, ce sont les “rémanents“. A elle seule, la consonance très “technique“ du vocable dit tout le dédain que ce genre d’entreprise peut nourrir envers la ressource qu’elle convoite, et le milieu dont elle l’extrait. Pour éclairer le profane, les“rémanents“, ce sont les rebuts d’abattage (branches, souches et autres résidus de coupes rases) qui pour la plupart restaient sur le terrain et finissaient en andains. Depuis quelques années, il est vrai – depuis que même les végétaux les plus dédaignés ont été élevés au rang de “biomasse“ – une partie se voyait déjà prélevée et transfomée en “plaquettes“ pour alimenter des chauffages collectifs dans la région. L’essentiel du rebut, cependant, exempt de valeur négociable, pourrissait lentement sur place, avec le seul mérite de ralentir, encore que très médiocrement, la stérilisation du sol due aux prélèvements intensifs sur la forêt.

Fortement encouragé par un marché de l’énergie officiellement sommé de réduire ses émissions de gaz carbonique, le déchet méprisé se métamorphose en ressource économique, par la magie de techniques nouvelles. Il devient valorisable à grande échelle pour d’audacieux investisseurs, toujours en quête de placements fructueux. À l’exemple des feuillus limousins qui, dans la dernière décennie, se sont vus livrés massivement à l’abattage au nom des énergies propres (*), le rémanent apparaît comme une aubaine de plus pour les propriétaires de parcelles qui ne voudront sûrement pas bouder un complément de revenu, fût-il modeste. Mettre à profit les “rémanents“, quoi de plus logique ? On ne va tout de même pas jeter les restes quand on peut les accommoder. Malheureusement, toute cette histoire de “rémanents“ n’est que propagande : ce sont les arbres eux-mêmes qui finiront en poudre, tout comme ils sont déjà réduits en granulés. La “transition écologique“ est à ce prix – on déforeste déjà par dizaines de milliers d’hectares en Amérique du Nord pour fournir les pellets “renouvelables“ qu’engloutissent désormais les centrales à charbon européennes.

40 camions par jour

Aux propriétés énergétiques en tous points excellentes, le “pellet torréfié“ se présente donc comme un très bon substitut du charbon, mais en beaucoup plus “écologique“. Il s’agit d’un pellet classique de consommation désormais courante, dont la fabrication passe par une phase finale de torréfaction à l’abri des flammes et de l’air. À l’exemple du charbon de bois de nos barbecues ou du fameux gazogène de la Traction Citroën durant l’occupation.

L’usine de Bugeat-Viam vise à produire chaque année 45 000 tonnes de pellets torréfiés dès son entrée en fonctionnement, prévue en 2019. Cela suppose un volume de matières premières de 117 000 tonnes de “rémanents“, dont l’approvisionnement générera un trafic de 70 camions par jour. Se glissant au milieu des autres grumiers, ils arpenteront la Montagne limousine dans un rayon de 80 km.

Les débouchés pour de telles quantités seraient dès aujourd’hui acquis : deux centrales à charbon d’EDF encore en fonctionnement et des installations de chauffage urbain en région parisienne. C’est assez dire tout le bénéfice local que d’aucuns pourraient avoir la faiblesse d’en attendre. Ainsi donc, c’est un ogre industriel qui vient s’installer au coeur du massif forestier du Plateau en vue de l’avaler tout entier et – c’est déjà prévu – aller se poser, après démontage et remontage, au milieu d’une autre forêt à dévorer, quelque part en Belgique, en Roumanie ou en Pologne.

Un stéréotype des arnaques du “green business“
Les habitants que le sort désigne pour devenir les riverains du lieu de production ont quelques bonnes raisons d’être inquiets. Les nuisances aux abords de l’usine, bien entendu présentées comme parfaitement indolores, pourraient s’avérer malgré tout désagréables : bruit, écoulements toxiques, fumées nauséabondes et poussières disséminées alentour au gré des vents. Chacun peut les comprendre, nous n’insisterons pas sur ce point.
Nous ajouterons cependant que s’ils étaient la contrepartie d’installations vraiment utiles, il n’est pas non plus complètement impensable de devoir en accepter quelques désagréments en retour. Des installations, par exemple, par lesquelles les habitants parviendraient à réduire leurs dépendances au système, gagner en liberté et en maîtrise de leurs conditions de vie. Mais le projet de Bugeat-Viam n’est évidemment pas cela.
Il est un stéréotype grossier de toutes les arnaques du “green business“, le capitalisme des prédateurs habillés de vert, menées au nom des enjeux écologiques (fermes d’éoliennes géantes, centrales photovoltaïques gigantesques, déploiements massifs d’automobiles électriques, mégapoles invivables mais faites de bâtiments à “haute qualité environnementale“, etc., qui invariablement accentuent encore le contrôle et la mise en dépendance des populations, au nom d’une soi-disant “transition énergétique“, devenue idéologie d’Etat).

Lorsque l’on veut vraiment venir à bout d’un problème, n’importe qui peut comprendre qu’il est aberrant d’en confier la solutionaux gens et aux instances qui l’ont engendré. S’agissant des périls écologiques qui dégradent la planète, c’est pourtant la situation pathétique dans laquelle les populations se voient piégées. Jamais, depuis les années 1970, un mouvement politique n’eut à sa disposition d’arguments plus sérieux que ce pauvre mouvement écologiste ; aucun autre sujet ne rencontra autant de sympathie dans la population, et jamais un mouvement ne connut un aboutissement plus dérisoire et plus pervers. Chacun se souvient de ce ridicule “Grenelle environnement“ de 2007, dont les comparses, écologistes en tête, s’accordèrent d’avance pour ne pas avoir à traiter du nucléaire.

L’hypocrite comptabilité des émissions de carbone, que certains se représentent comme un pas méritoire vers le salut, mais qui dans la réalité sert à abriter toutes les tricheries, n’a d’autre fonction que d’empêcher un questionnement plus sérieux sur la structure et le fonctionnement de ce monde. Une molécule de chimie ne peut en aucun cas passer pour la principale menace ici-bas. Il faudra continuer de chercher ail- leurs…

La vérité ne sert qu’à faire avaler le mensonge
Pour le CO2, notre fabricant de charbon artificiel se targue de l’excellence de son comportement lorsqu’il brûle. C’est peut-être vrai. C’est une qualité couramment mise en avant pour les combustibles issus du bois, et pour le bois lui-même, lorsqu’il n’était encore que bûches. Ce fut le cas du moins jusqu’à l’hiver dernier, quand la petite flambée du soir dans les cheminées des Pa-risiens fut à son tour rendue responsable de tous les maux de la capitale.
C’est un principe élémentaire de la propagande : la vérité n’y sert qu’à faire avaler le mensonge. Quand un fabricant de pellets veut tirer avantage de ce que sa marchandise rejette moins de carbone que les autres, alors qu’il s’apprête à faire raser la forêt jusqu’à la dernière brindille, c’est pour éviter d’avoir à produire le bilan intégral du cycle de production, de l’abattage au produitfinal, en passant par les phases de transport, de transformation, de manutention, etc.
Au même instant, une directive ministérielle évidemment pondue au titre du climat, intitulée “Programme national de la forêt et du bois“ vise à commercialiser 12 millions de mètres cubes de bois supplémentaires par an d’ici à 2026. Un tiers de plus que les 37 millions de mètres cubes annuels récoltés aujourd’hui.
S’il est une issue qui est prévisible, c’est ce que pèseront dans le bilan climatique les forêts, piégeuses de carbone et prodigues en oxygène, quand la cupidité aveugle des propriétaires et l’appétit des investisseurs auront fini de les consumer.

(*) L’association “Nature sur un Plateau“, ainsi qu’une brochure, anonyme, intitulée “Rapportsur l’état de nos forêts et leurs devenirs possibles“, dénoncèrent chacune de leur côté, dès 2013 l’hécatombe programmée des bois de feuillus, sacrifiés sur l’autel du bois-énergie.

ENVIRONNEMENT

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IPNS – le journal – n°60 – septembre 2017 –

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Article sur CIBV paru dans Reporterre le 7 juin 2018

En Corrèze, une usine à biomasse va stériliser la forêt

7 juin 2018  / Gaspard d’Allens et Andrea Fuori (Reporterre)

 

En Corrèze, le projet d’une usine à biomasse censée alimenter des chaufferies de région parisienne suscite les critiques et l’inquiétude de la population pour l’avenir même des forêts : les pellets torréfiés seront produits à partir des souches et des restes de branchage après les coupes rases, ne laissant rien pour la régénération des sols.

  • Bugeat et Viam (Corrèze), reportage

Sur la route qui serpente en montant le long du plateau de Millevaches, la forêt dense laisse éclater les couleurs vives du printemps. Une touche impressionniste jaune et vert tendre qui s’éveille au soleil encore doux du mois de mai. Au bord du chemin d’asphalte, des tags sont écrits sur les murs des vieilles granges et sur les transformateurs électriques : « On ne se laissera pas peler ! », « Non à l’usine Bugeat-Viam »,« Ni ici ni ailleurs ! ».

Depuis près d’un an, une grogne gagne les habitants des petits villages en pierres grises de ce territoire rural composé à moitié de forêts. Plantés au siècle dernier, sur les ruines de la déprise agricole, ces bois attirent maintenant les convoitises des industriels, qui voient dans la biomasse leur nouvel Eldorado.

Au grand dam des opposants, l’usine CIBV « Carbon Ingen’R Bugeat Viam » a eu, fin avril, l’accord du préfet de Corrèze pour débuter ses travaux. Son projet ? Produire chaque année 45.000 tonnes de pellets torréfiés — des granulés issus du bois-énergie — qui serviraient de substitution aux combustibles fossiles comme le charbon.

La torréfaction est un procédé dit « innovant » testé en France par le CEA, le Commissariat à l’énergie atomique, qui en 2010 s’est doublé d’une nouvelle lettre « A » pour inclure les « énergies alternatives », biomasse et biocarburants en tête. Selon Pierre-Henri Gaudriot, le patron de la Somival, qui porte le projet de l’usine CIBV, la torréfaction a le mérite « de pouvoir être alimentée par une grande variété de biomasse ».

D’après les promoteurs, l’approvisionnement — plus de 113.000 tonnes de bois par an — se ferait dans les 80 kilomètres autour de l’usine en récoltant principalement les souches et les « andains »,ces restes composés de branchages, de rémanents abandonnés par les forestiers après les coupes rases et entassés au bulldozer sur les parcelles.

« Les souches et les rémanents sont les garants de l’avenir, les engrais naturels de la forêt »

Pour l’entrepreneur, laisser cette biomasse au sol se dégrader est « une perte de plus-value ». Stockée, broyée, criblée puis torréfiée, elle pourra au contraire être « valorisée » et alimenter des installations thermiques comme la Compagnie parisienne de chauffage urbain, située à 600 kilomètres de là. CIBV lui réserverait la totalité de sa production pour chauffer les habitants de Saint-Ouen. Le plateau de Millevaches, connu pour ses maquis impénétrables sous la Résistance et sa tradition communiste, sera-t-il bientôt un territoire ressource de la métropole ?

Sur un ancien site industriel pollué où des milliers de tonnes de pneus moisissent, l’industriel stocke déjà des souches.

À proximité du cours sauvage de la Vézère, l’usine sonne comme le retour de l’âge industriel. Deux cheminées de 26 et 30 mètres de haut culmineront dans le fracas des broyeurs. Une vingtaine de salariés dans la poussière, l’odeur âcre du bois vert qui brûle et les panaches de fumée.

« CIBV a tout pour devenir un nouveau point de crispation », analyse Tonio, un jeune homme né dans la région et engagé contre le projet. « Notre territoire souffrait déjà de l’exploitation industrielle des forêts avec les coupes rases, les plantations artificielles et les monocultures. Avec cette usine, les industriels approfondissent le désastre. » En utilisant les andains au lieu de les laisser retourner au sol sur les parcelles, les entrepreneurs repoussent le seuil de ce qui peut être considéré comme exploitable. « Ils augmentent la ponction sur le vivant et le transforment en marchandise. »

Une aberration agronomique. « Les souches et les rémanents ne sont pas juste des déchets à valoriser, expliquent Émeline Faure et Julien Cassagne, deux techniciens forestiers travaillant sur le plateau. Ce sont les garants de l’avenir, les engrais naturels de la forêt. » Si on exporte les andains, « on risque d’appauvrir la fertilité des sols, accroître l’érosion, baisser la qualité de l’eau et la biodiversité », ajoutent-ils dans des contributions écrites à l’enquête publique. Une menace d’autant plus vive que le sol granitique du plateau est fragile, peu profond et faible en minéraux. « CIBV incarne une vision court-termiste qui menace la pérennité de la ressource. Comme le disaient les anciens, on n’abat pas une vache que l’on veut traire ! » 

Le site du projet de l’usine Bugeat-Viam.

En Scandinavie et dans certaines régions allemandes, les forestiers ont déjà augmenté les prélèvements sur les rémanents et les souches. « Ils ont dû réagir rapidement face au constat d’appauvrissement des sols, raconte Julien Cassagne. Ils sont aujourd’hui en train de développer des techniques et des moyens d’épandage de cendres dans les parcelles dévastées, à grand renfort de fonds publics, pour tenter d’endiguer la catastrophe. » En lieu et place d’une régulation naturelle des sols, les hommes en deviennent les purs gestionnaires, les apprentis chimistes : « Malheureusement, la cendre créée elle-même de nouveaux déséquilibres organominéraux et des pollutions indirectes. »

Avec l’implantation de cette usine, deux rapports au monde s’opposent. À une époque où l’enjeu des forêts est plus criant que jamais. Tonio note le paradoxe, comme une forme de schizophrénie : « D’un côté, les alertes se multiplient, de la part de la communauté scientifique comme de tous ceux qui constatent, dans le monde entier, les dégâts de l’actuelle vague de prédation sur les milieux forestiers. Et de l’autre côté, le productivisme continue sa marche forcée. »

« La propriété des forêts a échappé aux habitants »

Les habitants du Plateau opposés au projet se situent aux premières loges d’une lutte qui réinterroge notre lien avec la forêt considérée comme entité vivante. La forêt n’est pas seulement un gisement, un minerai ou même un espace recouvert d’arbres. « C’est une réalité sensible, une façon singulière d’agencer le monde, de l’imaginer, de s’y attacher », comme l’écrit Jean-Baptiste Vidalou dans Être forêts.

Sur le plateau de Millevaches, les bois sont apparus au début du XXe siècle sur un territoire pelé où fleurissaient les tourbières, les landes et les bruyères — ils représentaient à peine 5 % de la superficie en 1904. Plantées par les paysans sur d’anciens pâturages, les forêts devaient apporter un revenu d’appoint alors que l’exode rural vidait peu à peu le territoire. Au fil du temps, les taillis ont poussé, mais le lien à la terre s’est brisé. « La propriété des forêts a échappé aux habitants pour tomber entre les mains de petits propriétaires urbains distants […], d’industriels et de banques ayant peu d’attaches avec le plateau », rappelle la brochure Rapport sur l’état de nos forêts rédigé par des habitants en 2013« Ce patrimoine foncier est devenu un placement », affirme-t-elle. Une sorte de « Beauce forestière », avec ses grumiers, son enrésinement et ses champs d’arbres que l’on moissonne comme du blé.

La prise de conscience grandit peu à peu face au ravage des coupes rases. Plus de 1.000 hectares sont détruits chaque année sur le plateau. « Regarde, c’est Verdun, un véritable champ de bataille ! » s’exclame Alain, en pointant du doigt, sur la route de son domicile, une parcelle de plusieurs hectares scalpée par les bulldozers, lacérée par les chenilles des abatteuses. « Y a plus rien, plus d’oiseau, plus de vie. Tout est retourné. »

Des souches stockées sur le site de l’usine.

La maison d’Alain et de Catherine Scharf se trouve à 600 mètres de la future usine CIBV, entourée de forêts qui croissent au rythme des saisons mais peuvent tomber en une journée. « Le matin, tu vois l’abatteuse arriver. Le soir, à ta fenêtre, tous les arbres sont à terre. Ces machines ont généralisé les coupes rases. » Leurs mâchoires de fer ont remplacé les tronçonneuses des bûcherons dans les années 2000. Il y en a aujourd’hui près de 80 sur le plateau. Travaillant jour et nuit, par tous les temps, dans toutes les pentes, elles abattent en une journée ce qu’un bûcheron ferait en trois semaines, et nourrissent l’appétit insatiable de grandes coopératives, qui fournissent ensuite les industriels en demande — papeterie, bois-énergie, etc.

« Des projets comme celui de CIBV ne sont pas l’ultime chance de notre pays mais son ultime dépossession »

Dès qu’ils ont pris connaissance du projet d’implantation de CIBV, le couple de retraités a tiré la sonnette d’alarme. « On a d’abord critiqué ses nuisances, cette usine détruisait nos rêves. Nous avions quitté la ville avec Catherine pour respirer l’air pur. Je sortais d’un cancer au poumon. » En septembre 2017, dans l’urgence, ils ont monté avec d’autres l’association « Non à la montagne pellets »« Puis, on a commencé à s’intéresser aux modèles de gestion des forêts. On a compris que cette usine était une prime au productivisme. Sans coupe rase, il n’y a pas d’andains, et sans andains il n’y a pas d’usine. »

Le couple a acheté six hectares qu’ils veulent entretenir en futaie jardinée. « Une goutte d’eau que n’aura pas CIBV. » Ailleurs sur le plateau, des scieries mobiles se montent, tandis que des forestiers indépendants, comme Julien Cassagne ou Hans Kreusler, pratiquent la sylviculture douce.

La « gare bois » désaffectée, construite en 1999 pour évacuer les arbres tombés lors de la tempête. L’industriel CIBV pourrait la racheter pour ses besoins de transport.

« Comment voulons-nous habiter ce territoire ? Comment le faire vivre ? » Pour Tonio, c’est la question principale. L’usine est jugée hors-sol, prédatrice. « Elle dit qu’elle va créer 20 emplois mais elle en menace en réalité plusieurs dizaines. » Le centre équestre à 600 mètres et le camping à moins d’un kilomètre. Le centre sportif de Bugeat avec 17 emplois, aussi.

« Des projets comme celui de CIBV ne sont pas l’ultime chance de notre pays mais son ultime dépossession. On va envoyer les pellets à Paris. Combien d’énergie faudra-t-il dépenser pour s’approvisionner en biomasse, produire ces granulés, et les transporter jusqu’à la métropole ? » se demandent les opposants. Pour eux, « le bilan est mauvais et cette transition énergétique, une mascarade ».

Rien n’empêche, pour l’instant, les industriels d’avancer si ce n’est les recours juridiques que préparent les associations et la montée grandissante de la mobilisation. Avec l’intention de rendre visibles et de fédérer les luttes contre les usines à biomasse. Un appel pour un rassemblement estival sur la montagne limousine est d’ailleurs en cours d’élaboration.

Le 10 février dernier, à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, lors de la fête de la victoire contre l’aéroport, le monstre Pelletox (représentant la prédation industrielle de CIBV) s’enflammait dans un immense feu de joie avec les autres maquettes de grands projets inutiles. « Les luttes à venir sont celles contre la supercherie de la transition énergétique comme ici contre CIBV, mais aussi contre les éoliennes industrielles en Aveyron », assure Tonio.

 

Nombreuses « manifestations de réserves, sinon d’hostilité » impropre à « créer les conditions d’un débat informé et serein »

Les opposants ont d’abord joué le jeu des institutions Ils ont participé à l’enquête publique de novembre à décembre 2017 et enchaîné des dizaines de réunions d’information. « Nous avons fait la grève du zèle », relate Tonio. Plus de 300 pages de contributions à l’enquête publique ont été déposées par des dizaines d’habitants. Risques d’incendie, couloir de prolongation du bruit, pollutions du site d’implantation, types et zones précises d’approvisionnement, menaces sur les forêts du Limousin, bilans énergétiques, tout est passé à la loupe. « Le document des industriels est incomplet, avec des erreurs grossières, raconte Alain. Ils ont oublié par exemple de prendre en compte le phénomène d’inversion de température, qui bloque l’air au sol 100 jours par an sur le plateau. Ça veut dire que la pollution va stagner sur le village de Bugeat, un village de 800 habitants. »

Les risques d’incendie sont également sous-estimés. « Zilkha, la seule usine de torréfaction de pellets qui fonctionne aujourd’hui, se trouve au Montana (États-Unis) : elle est fermée 30 % du temps à cause des incidents, le bois stocké en poudre développe un gaz hautement inflammable. »

La participation massive des opposants à la consultation n’a pas suffi. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) a conclu dans son rapport définitif, le 22 février 2018, qu’« aucun avis défavorable n’a été émis lors des enquêtes administrative et publique ». Les opposants tombent des nues et se sentent méprisés, malgré une pétition rassemblant plus de 1.000 signatures. Le PNR (parc naturel régional) du plateau de Millevaches prend également position en faveur du projet. Pourtant, une note interne consultative du comité scientifique s’était positionnée contre, en jugeant que « trop d’incertitudes persistaient pour formuler un avis définitif », soulignant les nombreuses « manifestations de réserves, sinon d’hostilité » impropre à « créer les conditions d’un débat informé et serein ». Un membre du conseil scientifique a d’ailleurs démissionné en réaction à l’absence de considération pour le travail de cette instance…

Copie de la note interne consultative du comité scientifique du parc naturel régional du plateau de Millevaches.

Philippe Conan, le président du PNR, se défend : « Le parc a négocié un suivi annuel de l’approvisionnement en bois, un label des bonnes pratiques sylvicoles et des études scientifiques sur les sols dessouchés. »

« On s’est sentis trahis, témoigne Catherine, en amendant ce projet, le PNR le rend possible et lui donne une caution verte. » Le 29 avril, une manifestation regroupant 150 personnes a marché vers la Maison du parc. « Le parc a fait hara-kiri », scandaient les opposants, qui transportaient un cercueil. « Le PNR est devenu visiblement ce qu’il était essentiellement : un paravent, une chimère,explique un texte en forme d’oraison funèbre lu lors du rassemblementPlus de mystère désormais, les élus qui y siègent, très largement sinon unanimement favorables à CIBV, nous disent la vérité du parc, il n’est pas là pour les habitants. C’est avant tout un instrument inféodé à l’économie faite loi divine quelles qu’en soient les conséquences. »

La tension monte. Lors d’un simple « écoloto » organisé en mars par l’association « Non à la montagne pellets », deux fourgons de gendarmes sont venus noter les plaques. En décembre, des personnes étaient convoquées à la gendarmerie pour des tags. Plus tard, une souche était déposée dans la nuit, en guise de menace, près de la maison d’un riverain opposé au projet. Attisant cette tension locale entre pro-projets et les autres, le président du conseil départemental, Pascal Coste, invente l’« atterrissage de zadistes » et « l’action de groupuscules minoritaires étrangers au territoire ». Les habitants opposés au projet, eux, restent déterminés. « Ils vont voir de quel bois on se chauffe ! » Sûrement pas aux pellets torréfiés.

 

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Les forestiers se mobilisent contre l’industrialisation de la forêt, article dans Reporterre

Les forestiers se mobilisent contre l’industrialisation de la forêt

18 mai 2018  / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Jeudi, près d’un millier de personnes ont défilé dans plusieurs villes de France pour dénoncer la « privatisation rampante » de l’Office national des forêts et la disparition des missions de service public.

  • Toulouse (Haute-Garonne), reportage

Ce jeudi 17 mai, les forestiers sont sortis du bois à l’appel de l’intersyndicale représentant près de 90 % des professionnels de l’ONF — l’Office national des forêts. Ils ont manifesté dans cinq villes en France pour dénoncer « la privatisation rampante » de l’établissement et l’industrialisation qui menace les forêts publiques. Les différents cortèges ont rassemblé, à l’échelle nationale, près d’un millier de personnes. 300 à Nancy et à Mâcon, 120 au Mans, 170 à Avignon et près d’une centaine à Toulouse.

Dans la Ville rose, la marche a débuté au niveau de la gare SNCF. Un symbole vu le troublant parallèle entre le sort des hommes du rail et ceux de la forêt. « Notre situation est moins visible que celle des cheminots mais ce sont les mêmes logiques à l’œuvre, témoigne Philippe Canal, secrétaire national du Snupfen (Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel) Solidaires, en début de cortège. La direction utilise le prétexte d’un déficit creusé par une série de décisions gouvernementales pour remettre en cause le statut d’établissement public de l’ONF et tenter de faire passer en force une convention collective qui revoit à la baisse les rémunérations de nombreux salariés. »

Jeudi 17 mai, à Toulouse.

Alors que sous un ciel couvert, les cornes de brume sonnent le départ, Michel Bénard, forestier retraité à la CGT, se réjouit du rassemblement : « Nous prenons aujourd’hui notre part au mouvement social. Tous les syndicats défilent ensemble. Nous n’avons pas l’habitude de battre le pavé mais trop de lignes rouges ont été franchies ces dernières années. Des dérives graves. Nous ne sommes pas que des coupeurs de bois, nos forêts ne peuvent pas être des usines, s’exclame-t-il. Or la direction nous pousse à prélever de plus en plus de bois. Elle remet en cause la régénération de la forêt. »

« Je travaille davantage pour les arbres que pour un patron ou une entreprise »

En 2018, les moyens alloués au renouvellement en forêt domaniale ont été réduits de 20 à 30 % en moyenne dans les différentes régions. Pour l’ancien forestier, « c’est une fuite en avant au profit du tout commercial avec l’abandon de la gestion durable et multifonctionnelle des forêts ».

Un document signé par l’intersyndicale rappelle que « l’ONF fournit 40 % du bois français, alors que la forêt publique représente un quart de la forêt française ». L’office subordonne son activité aux appétits de la grosse industrie forestière et même de la spéculation sur la biomasse.

« L’ONF : situation critique », document de l’intersyndicale de l’ONF.

Cette pression accrue est vécue violemment par les forestiers. « Si j’ai choisi ce métier, ce n’est pas pour faire du chiffre, assume Florent Denoyer, jeune garde forestier depuis 3 ans et demi. Je travaille pour l’avenir et il ne peut être vu uniquement sous l’angle économique. La forêt est d’abord un réservoir de biodiversité, un moyen de lutter contre le réchauffement climatique, une zone de protection des eaux et des sols, un lieu d’éducation à l’environnement », énumère-t-il. Entre deux slogans criés dans la rue — « Une forêt pour tous, tous pour la forêt ! » —, il distribue des plants de cèdre et de buis pour alerter les passants : « Je considère que je travaille davantage pour les arbres que pour un patron ou une entreprise. »

 « La population doit comprendre que l’on touche à son bien commun »

David et Grégory, eux, viennent directement du Limousin, David se dit « dépité face à la vitesse des réformes. C’est une marche forcée. On subit la même méthodologie que dans d’autres établissements publics. On nous cloisonne dans nos missions. Ce qui est rentable est séparé du reste, notamment la commercialisation et la vente de bois. On devient des techniciens, des agents spécialisés avec de plus en plus de surface à gérer. Depuis 2002, de nombreux postes ont été supprimés et nous sommes passés de 1.000 hectares de gestion par garde forestier à 1.800. En parallèle, la direction évacue peu à peu les missions de service public ».

Grégory soupire : « Bientôt il ne faudra pas s’étonner de voir des péages à l’entrée des forêts. Veolia et Vinci forêt, c’est eux nos futurs patrons ! »

Jeudi 17 mai, à Toulouse.

« On essaye d’être combatif, souligne David, mais c’est complexe de rassembler autour de nous, de mobiliser les citoyens. La prise de conscience sur l’avenir de nos forêts se fait progressivement. »

Dans la foule, on retrouve surtout des professionnels avec leurs uniformes verts et les sigles de l’ONF, mais aussi quelques soutiens. Un drapeau du PCF flotte dans le vent et des sympathisants du RAF — le Réseau des alternatives forestières — défilent également. « La population doit comprendre que l’on touche à son bien commun. »

La mobilisation dure maintenant depuis plusieurs mois. En décembre 2017, les forestiers de l’ONFavaient déjà organisé une manifestation nationale à Paris et rassemblé là aussi un millier de personnes. Depuis, ils ont lancé plusieurs actions comme les « forêts publiques fermées » : des fermetures symboliques de l’entrée des forêts avec autocollants et rubalise pour avertir les promeneurs.

 

 

« Nous subissons un gros coup d’accélération ces dernières années depuis le changement de direction et l’arrivée en 2015 de Christian Dubreuil, un ancien énarque à la tête de l’Office national,assure Philippe Canal, du Snupfen. En 2018, aucun fonctionnaire ne sera recruté, juste des salariés privés. Nous vivons une “défonctionnarisation” des postes de gestion et une précarisation des emplois. Sans compter le fait que plusieurs départs à la retraite ne sont pas remplacés. C’est une réorganisation sournoise. » En 30 ans, le personnel de l’ONF est passé de 15.000 employés à 9.000.

« Près de 15 % du personnel est aujourd’hui en grève. Et on ne compte pas s’arrêter là ! »

Un immense malaise plane au sein de la profession. Fabrice Carré travaille à proximité de la dune du Pilat (Gironde), son poste s’est libéré à la suite d’un suicide. « En 2011-2012 , nous avons connu un été meurtrier avec plusieurs drames, raconte t-il. Au total, on compte pas moins de 50 suicides à l’ONF depuis 2002. La direction est dans le déni. »

Corinne Larenaudie, syndiquée à l’Unsa, est administratrice à Bordeaux. Elle a fait la route pour venir manifester à Toulouse. « Il y a un manque criant de concertation au sein de l’ONF. Les syndicats ont démissionné des instances représentatives du personnel en septembre 2017 face au climat social délétère qui règne dans l’établissement. La direction est autocratique. Deux organisations syndicales sont en procès pour avoir dénoncé le management de la terreur mené par Christian Dubreuil, plusieurs personnes ont été limogées, dont la directrice générale adjointe. »

Jeudi 17 mai, à Toulouse.

Face aux mutations de l’ONF, Corinne Larenaudie se sent « muselée ». Mais la mobilisation redonne espoir. « Près de 15 % du personnel est aujourd’hui en grève. Et on ne compte pas s’arrêter là ! »

Les syndicalistes regroupés à la fin de la manifestation en assemblée générale, au Jardin des plantes, réfléchissent aux actions futures. Elles pourront avoir lieu dans la rue mais aussi sur les postes de travail, en bloquant la vente du bois ou en faisant la grève du martelage — le marquage des arbres à exploiter. A l’ONF, le conflit s’enracine.


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Lire aussi : L’ONF encourage la biomasse industrielle au détriment des forêts et du climat


La forêt des abatteuses tue la forêt des hommes

On constate sur le terrain que la multifonctionnalité et l’intérêt général dans la gestion et l’exploitation forestière régresse.

Si non veut continuer de gérer la forêt dans le cadre de l’intérêt général et en respectant les générations futures comme c’est l’esprit de la loi depuis l’ordonnance de 1349, renforcée en 1669 par celle de Colbert,il faut renforcer la transparence et la concertation avec les acteurs locaux sur la gestion forestière. Il faut introduire des leviers pour que les stratégies forestières prennent mieux en compte les chartes forestières de territoires et schéma régionaux de cohérence écologique. Il faut renforcer le pouvoir des agents publics pour faire respecter la réglementation et les décisions prises en concertations. Mettre fin aux coupes rases, obliger les forestiers à remettre en état les sols dévastés. Non seulement, les modalités d’exploitation sont de plus en plus souvent destructrices de biodiversité, mais la réglementation en vigueur n’est pas appliquée. On constate bien souvent un non-respect des règlements qui conduit à des pollutions de cours d’eau, à des destructions de  zones humides (comme ce fut le cas pour le site convoité par CIBV). La circulation en surcharge des grumiers sur des petites routes départementales est courante ainsi que les débardages sur sol détrempé et le non-respect des barrières de dégel, … alors que les agents de l’état sont de moins en moins nombreux sur le terrain et de moins en moins armés pour faire respecter la loi.

Après la décision du préfet, rassemblement dimanche 29 avril 2018 à Bugeat-Viam à 14h devant la gare bois

Malgré l’autorisation préfectorale :

CIBV NE PASSERA PAS !

Nous apprenons ce mardi 17 avril 2018, sans grande surprise, que la préfecture a donné son accord à la construction de l’usine de pellets torréfiés de Viam-Bugeat (CIBV). Nous nous apprêtons à lancer des actions en justice dans l’espoir de faire enfin suspendre ce projet, mais nous souhaitons aussi répondre à cette décision par plusieurs messages forts :

Premièrement, nous voulons rappeler quelques arguments très simples et pourtant essentiels, que nous n’avons cessé de marteler, et dont nous regrettons fort qu’ils n’aient pas été entendus (que ce soit par la population directement concernée ou par les acteurs institutionnels) :

1. Les souches et branchages ne sont pas des ressources à « valoriser ». Ce sont des matières indispensables à l’entretien de la richesse biologique des sols, qui sont déjà lourdement sollicités par le modèle d’exploitation par coupes rases en cycles courts. Ces matières doivent être laissées sur place, ce ne sont pas des « ressources » délaissées.

2. Brûler des arbres n’est pas une solution pour enrayer le changement climatique. Toutes les études existantes, basées sur des mesures réelles, montrent que l’utilisation massive de la biomasse à des fins de production énergétique génère autant d’émissions de carbone que les modes de production déjà connus.

3. Les nuisances de ce projet l’emportent largement sur ses avantages : pollutions directes et indirectes, dégradation des routes, nuisances pour les espèces protégées vivant à proximité du site… La création d’une petite vingtaine d’emplois ne doit pas être le prétexte à tout et n’importe quoi, surtout lorsque l’activité à laquelle ils correspondent met en péril d’autres emplois, que ce soit dans le voisinage ou au sein de la filière bois.

4. Le projet CIBV correspond à une recherche de profits bien plus qu’à un quelconque souci de « transition énergétique ». Il profite avant tout de l’effet d’aubaine ouvert par la nouvelle politique énergétique européenne, et il bénéficie également, ainsi que l’ont récemment reconnu ses promoteurs, de la scandaleuse politique d’élagage organisée par le président du département de la Corrèze.

Deuxièmement :nous appelons tous les opposants à ce projet nuisible, face au passage en force assumé de la préfecture et des promoteurs, face au refus d’entendre nos demandes de suspension et de réel débat public, à se rassembler très bientôt :

RENDEZ-VOUS DIMANCHE 29 AVRIL 2018

À 14H DEVANT L’ENTRÉE DE LA GARE BOIS DE VIAM-BUGEAT

(RD 979 : 2KM AVANT BUGEAT EN VENANT D’EYMOUTIERS)

Troisièmement : nous invitons l’ensemble de la population à considérer avec la plus grande attention ce qui s’apprête à se passer sur le site de Viam-Bugeat. À savoir : que les instances publiques, le bureau du PNR Millevaches, et quelques élus zélés, sont en train d’imposer à toute force un outil encore expérimental de production d’énergie basé sur « l’extraction » de la « biomasse » ; que ce site de production n’est que la pointe avancée d’une politique européenne qui prétend répondre au bouleversement climatique en transformant nos forêts en mines de charbon pour la production électrique ; et que cette nouvelle forme de convoitise sur le bois est une menace majeurepour l’ensemble des milieux forestiers, qui sont pourtant, justement, un de nos principaux atouts dans la lutte contre le réchauffement climatique. CIBV ce n’est pas le changement, c’est le retour sous un nouveau masque de l’éternelle politique de la spoliation et du profit, qui ne lutte en rien contre la catastrophe qui s’annonce.

En plus des actions évoquées plus haut, nous continuerons à organiser des réunions publiques, et nous nous apprêtons à lancer tous les recours utiles pour faire cesser la folie CIBV, ainsi que toutes celles dont elle n’est que l’avant-garde.

Nos forêts ne sont pas des mines à charbon.

NON à la Montagne-pellets !

Communiqué de presse de l’association « Non à la montagne pellets » du 9 mars 2018

L’association Non à la Montagne-pellets invitait jeudi 8 mars à un rassemblement devant la préfecture de Tulle, au moment où devait siéger le CODERST. Une cinquantaine de personnes a répondu à cet appel (lancé en toute urgence depuis deux jours seulement), permettant de rendre visible la contestation croissante qu’a fait naître l’aberrant projet de fabrication de charbon à partir du bois vert porté par la société CIBV. Profitant d’un inexplicable blanc-seing de la part de plusieurs élus et institutions depuis ses débuts, ce projet continue de progresser à grande vitesse, au mépris d’un grand nombre de contributions largement étayées qui y sont défavorables.

Il nous semble aujourd’hui opportun de rappeler quelques moments clés de ce passage en force institutionnel constant, qui représentent autant de dénis de démocratie :

▪ Premier déni de démocratie: Dès l’année 2016, plusieurs élus et institutions qui avaient connaissance du projet ont préparé le terrain en toute discrétion. Dès cette époque, il aurait pourtant été légitime d’informer largement la population et les associations agréées pour la protection de l’environnement. Cela aurait offert la possibilité à différentes associations ou élus de faire valoir leur droit d’initiative citoyenne qui les autorise à demander l’organisation d’une concertation préalable. Cette concertation aurait permis de mettre en discussion l’opportunité du projet (faut-il le réaliser ou non ?) et de

décider éventuellement qu’il n’était pas opportun. Cela nous aurait évité cette folle course en avant et aurait rendu possible qu’un véritable débat démocratique s’installe dans la région. Il n’en a rien été.

▪ Deuxième déni de démocratie : Au mois de septembre dernier, le Conseil Scientifique et Prospectif (CSP) du Parc Naturel Régional de Millevaches a émis plusieurs réserves importantes sur le projet. Les recommandations du CSP étaient notamment que soient organisées des réunions d’informations en amont de l’enquête publique et que cette enquête publique ne soit pas menée par un seul commissaire-enquêteur, mais par une commission d’enquête. Celle-ci serait allée à la rencontre de la population du territoire réellement concerné par la zone qu’impactera le projet CIBV et elle aurait permis une approche plus juste du public réellement impliqué dans ce projet. Il n’en a rien été.

▪ Troisième déni de démocratie : Au cours de l’enquête publique, une majorité des contributions se sont exprimées en défaveur du projet. Certaines d’entre elles émanaient d’élus, de personnes ou d’entreprises tout à fait compétentes sur les questions forestières, d’autre de personnes ou d’associations tout à fait compétentes sur les questions environnementales et agréées par l’état à ce titre. On aurait pu penser que le commissaire- enquêteur tiendrait compte de cette majorité d’avis défavorables et argumentés dans son rapport : il n’en a rien été. Celui-ci a émis le 1er février un avis favorable, et s’est même permis de classer la contribution que nous avions cosignée avec 6 associations, dont cinq sont agréées environnement, au rang des « pétitions » !

Ce refus d’entendre la parole publique a été tel que dans le rapport, daté du 22 février 2018, le service instructeur (la DREAL) a pu écrire la phrase suivante : « Il ressort de l’instruction de la demande présentée par la société CIBV qu’aucun avis défavorable n’a été émis lors des enquêtes administrative et publique ».

▪ Quatrième déni de démocratie: Alertés par l’inscription du projet CIBV au CODERST du 8 mars 2018 et au regard des faits que nous exposons ici, nous avons co-écrit, avec 6 associations environnementales, une lettre ouverte adressée au préfet de Corrèze lui demandant la déprogrammation du projet CIBV de ce CODERST. Nous demandions à ce qu’enfin la parole publique des nombreux opposants à ce projet puisse être entendue. À cette lettre nous n’avons reçu aucune réponse des services de l’État qui ne semble pas prendre au sérieux la dimension démocratique de la procédure en cours.

▪ Jeudi 8 mars 2018 au matin, lors notre rassemblement à Tulle, le préfet a encore refusé d’apporter une réponse à notre lettre et a refusé de s’engager à suspendre sa décision dans ce dossier tant qu’il n’aura pas permis à un groupement d’opposants (composé majoritairement d’associations agréées environnement) de lui exposer directement les motifs de leur opposition à ce projet.

Le tableau qui se dresse devant nous est ainsi celui d’une fuite en avant permanente, dont on aurait bien du mal à croire qu’elle ne soit pas délibérée. En refusant d’entendre la voix des opposants au projet, en faisant la sourde oreille face aux questions gênantes quant à sa pertinence et à sa faisabilité, en précipitant la date de la réunion du CODERST, il semble évident que les autorités ont choisi d’imposer ce projet nuisible.

C’est au mépris de la démocratie par cette pratique des institutions publiques que nous devons faire face aujourd’hui. Et nous le regrettons.
Tout comme nous regrettons que des idées aussi absurdes que celle de transformer du bois vert en charbon arrivent encore à se faire passer pour des projets de transition écologique.

Contrairement aux pratiques de certains élus et institutions, nous avons joué le jeu de la démocratie environnementale, nous avons, bien que sans moyen, permis que ce projet face éruption dans l’espace public. Nous avons suivi les règles, nous avons su convaincre et recueillir un important soutien populaire, mais cela n’aura eu aucun effet sur la procédure administrative. Ou plutôt cela aura eu pour effet que la parole que nous portons soit méprisée par les institutions et ceux que les représentent.

Nous continuerons à contester ce projet par les moyens qui sont les nôtres, ceux de l’information et de la mobilisation du public, mais aussi ceux du recours en justice.

Mais un tel mépris de la parole publique, une telle supercherie démocratique met sérieusement en doute la sincérité de nos institutions. Dans ces conditions, il ne faudra pas s’étonner si l’opposition aux convoitises industrielles de M. Gaudriot (qui dépasse largement le cercle de notre association), fasse le choix de se faire entendre par les moyens qui seront les leurs : les autorités ne pourront alors s’en prendre qu’à elles- mêmes.

Contribution des associations environnementales sur le projet CIBV

A Monsieur le commissaire enquêteur chargé de l’enquête publique relative au
projet d’usine à Pellets de Bugeat-Viam
Objet : contribution associative à l’enquête publique
Monsieur le Commissaire enquêteur,
Les associations signataires partagent une contribution commune à l’occasion de l’enquête publique dont vous avez la charge.
Vous trouverez dans le présent document la contribution des associations :
– Non à la montagne-pellets, association de citoyens du territoire concerné, ayant pour objet de s’opposer au projet d’usine de pellets torréfiés à Viam – Bugeat,
– Nature sur un Plateau, association du plateau de Millevaches ayant pour objet la protection de l’environnement et le développement soutenable du plateau,
– Source et Rivière du Limousin, association agréée et représentative au titre du code de l’environnement pour le territoire limousin, ayant pour objet la protection des milieux aquatiques et de l’environnement,
– La fédération Corrèze Environnement, fédération départementale des associations de protection de l’environnement de corrèze, agréée et représentative au titre du code de l’environnement,
– La fédération Limousin Nature Environnement, fédération limousine des associations de protection de l’environnement, membre de France Nature Environnement, agréée et représentative au titre du code de l’environnement,
– Le Groupe mammalogique et Herpétologique du Limousin, association agrée et représentative ayant pour objet la connaissance et la protection des mammifères, reptiles et amphibiens sur le territoire limousin,
– La Société pour l’Étude et la Protection des Oiseaux en Limousin, association
agréée et représentative, représentant la LPO limousin ayant pour objet la connaissance et la protection des oiseaux sauvages en limousin.
Après avoir pris connaissance du dossier mis à disposition du public dans le cadre de l’enquête publique, voici les remarques et questionnement portés par l’ensemble de ces associations œuvrant pour la défense de l’intérêt collectif.
Remarques préalables sur les conditions de la participation du public :
S’agissant d’un dossier très important pouvant impacter de manière très significative les massifs forestiers du plateau de Millevaches, les associations regrettent que ce dossier n’ait pas fait l’objet d’une procédure de « concertation publique » au titre des articles L121-15-1 et suivants du code de l’environnement.
Cette procédure aurait permis d’améliorer les conditions d’information et de débat sur l’opportunité d’un tel projet, compte tenu de l’investissement public très important prévu et des effets directs et indirects potentiellement importants. Sur les conditions de réalisation de l’enquête publique, les associations regrettent que le dossier n’ait pas pu être mis à leur disposition avant l’ouverture de l’enquête, ce qui est contraire à l’article L123-11 du code de l’environnement (« Nonobstant les dispositions du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l’administration, le dossier
d’enquête publique est communicable à toute personne sur sa demande et à ses frais, avant l’ouverture de l’enquête publique ou pendant celle-ci »). Les demandes de communication du dossier avant l’ouverture de l’enquête ont essuyé des refus inacceptables.
Elles regrettent également l’absence au dossier des avis des personnes publiques associées (Agence française de la biodiversité, Direction départementale des territoires, PNR Millevaches, Cellule Biomasse régionale, etc.) qui aurait permis d’en éclairer les enjeux.
Les associations regrettent également l’extrême confusion dans la lecture du dossier que génère le mélange de la procédure ICPE et de la procédure de permis de construire. En particulier, l’étude d’impact, document principal du dossier ICPE se retrouve masquée en annexe du dossier de Permis de construire, pouvant faire échapper au public la bonne appréhension des enjeux.
Les associations regrettent enfin les grandes contradictions produites entre les déclarations publiques des promoteurs du dossier et la réalité technique du projet. En particulier, la lecture du dossier fait apparaître que le projet ne consiste pas principalement en la transformation de souches en pellets torréfiés, contrairement à l’information largement relayée par les médias.
Sur ce dernier point, les associations regrettent les positionnements dogmatiques de certains élus de la république, caricaturant toute opposition au lieu de se placer dans le champ du débat démocratique.

Sur les insuffisances de l’étude d’impact
Selon les termes de l’article R122-5 I du code de l’environnement, «le contenu de l’étude d’impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d’être affectée par le projet, à l’importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l’environnement ou la santé humaine. »
L’étude d’impact proposé se révèle très insuffisante sur plusieurs points, ne permettant pas d’appréhender et donc de prévenir l’ensemble de ses impacts prévisibles sur l’environnement.
1- Les insuffisances et contradiction dans la description du projet
L’analyse des documents soumis à enquête publique font apparaître un très grand flou sur les caractéristiques essentielles du projet.
L’article L122-1 III du code de l’environnement impose que :
Lorsqu’un projet est constitué de plusieurs travaux, installations, ouvrages ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage, il doit être appréhendé dans son ensemble, y compris en cas de fractionnement dans le temps et dans l’espace et en cas de multiplicité de maîtres d’ouvrage, afin que ses incidences sur l’environnement soient évaluées dans leur globalité.
L’article R122-5 II 2° précise que l’étude d’impact doit contenir « une description des principales caractéristiques de la phase opérationnelle du projet, relatives au procédé de fabrication, à la demande et l’utilisation d’énergie, la nature et les quantités des matériaux et des ressources naturelles utilisés »
Dans le dossier l’objet de l’entreprise est extrêmement approximatif : s’il s’agit d’une entreprise de transformation de la ressource forestière celle-ci dépend entièrement de son approvisionnement en matière première.
Nous savons que celui-ci sera assuré en totalité par la société Lyaudet Ingen’R filiale appartenant à Somival la maison mère de CIBV. Or l’étude d’impact est limitée aux nuisances causées par l’unité de broyage et de torréfaction dans un périmètre de 2 km et ne prend pas en compte le rayon d’approvisionnement. Il semble dans ces conditions impossible d’évaluer, à partir de l’étude présenter par CIBV, l’impact réel de ce projet industriel sur les milieux naturels ainsi que sur l’ensemble des activités humaines dans la zone impactée et en particulier sur la filière bois.
Une analyse, même rapide, du dossier d’impact montre une lacune énorme : il n’y a pas d’étude d’incidence sur l’impact global du projet mais seulement une étude centrée uniquement sur l’impact de l’usine de traitement. Il est évident que le projet de par sa taille et son ambition de traiter plus de 100 000 tonnes de de ressource forestière aura des conséquences sur les forêts concernées. Sans négliger les impacts qu’aura l’usine sur l’environnement proche, nous sommes particulièrement inquiets sur les conséquences de ce projet sur la forêt.
Ces questions relèvent du sujet essentiel de l’approvisionnement en bois, intimement lié au fonctionnement des installations.
1-2 L’approvisionnement : une grande approximation et de
nombreuses contradictions
Sans approvisionnement il n’y a pas d’unité de transformation, or nous ne trouvons aucune information claire dans les dossiers déposés par Somival. Au contraire le dossier proposé est riche de contradictions le rendant illisible.
1-2-1 Aucune étude sérieuse ne permet de considérer que la ressource en
bois énergie sera suffisante
– L’unique information concernant l’état de la ressource locale sur lequel se fonde la totalité du projet industrielle CIBV figure page 12 dossier ICPE:1 § 5.1. Le chiffre annoncé concernant la ressource en bois utilisable pour l’énergie ou l’industrie serait de 830000 m3 en Corrèze. Outre le fait que ce chiffre concerne uniquement la Corrèze alors que le projet CIBV annonce également un approvisionnement en Creuse, en Haute-Vienne ainsi que
dans le Puy-de Dôme, ses sources sont contestables.
En effet ces 830 000 m3 proviennent d’un document produit par le programme « 1000 chaufferies pour le milieu rural » dont l’objet est précisément de promouvoir le bois énergie. Il n’existe aucun document similaire concernant les autres territoires d’approvisionnement, et ce document choisi opportunément par les promoteurs est le seul
à présenter ce type de chiffrage arborant la ressource de façon si abondante et en complet décalage avec l’ensemble des études publiques portant sur le sujet.
– Le décalage est si important que cela mérite d’être présenté de façon précise. Les seules sources fiables sur lesquels nous pouvons nous appuyer proviennent toutes des enquêtes de branche exploitation forestière réalisées par l’Agreste (le service statistique et de la prospective du ministère de l’agriculture) source « les chiffres clés de la filière forêt-bois
Nouvelle-Aquitaine » disponible sur le site internent de la DRAAF.
On y découvre page 5, année de référence 2014 : le prélèvement en bois énergie en Corrèze a été de 83 000 m3 (10 fois inférieur à la source CIBV) ; en Creuse 74000 m3 ; en Haute-Vienne 76000 m3.
Si nous nous tenons à ces chiffres le projet CIBV correspondrait à se saisir de
75% du bois énergie récolté sur l’ensemble de ces trois départements en 2014 (cf. ci-dessous point 1-2-3).
Si nous consultons maintenant le dernier diagnostic territorial du Parc Naturel Régional datant de 2014 qui concerne la ressource nous lisons pages 153-154 : « La production en volume sur le territoire du Parc est de 1 053 000 m3
(…) (soit 50 % de la ressource totale en Limousin). Le volume annuel exploité en Limousin est de 2 100 000 m3/an en moyenne
[il s’agit ici de l’ensemble des prélèvements effectués sur la forêt]. (…) Le potentiel de mobilisation supplémentaire de la ressource feuille est faible voire nul. »
Le PAT et le PPDRF ont estimé toutefois que le potentiel de mobilisation résidait principalement dans l’affectation et la hiérarchisation des produits issus de coupe 10000 m3 pour le PAT et 6000 m3 pour le modèle BOBIBE. (…) Il y a une réelle inquiétude quant à la pérennité de la ressource. Le faible reboisement évalué à 400 ha/an ne représente qu’une faible part des coupes rases effectuées chaque année qui est de l’ordre de 1000 ha/an. »
En nous appuyant maintenant sur le Plan pluriannuel régional de développement forestier (PPRDF) de 2013-2016, et en conservant le PNR Millevaches comme espace de référence : l’estimation de la ressource mobilisable en bois d’industrie (correspondant à la totalité des usages industriels du bois et pas simplement au bois énergie) est de 158 500 m3
par an (ce qui correspond à 93% des besoins de CIBV !).
Nous pourrions ajouter que ce PPRDF a été largement contesté par les associations environnementales qui ont dénoncée, à juste titre, l’accentuation de la coupe rase sur feuillus suggérée par ce plan.
Pour conclure sur ce point : le projet CIBV repose entièrement sur l’exploitation d’une ressource forestière dont il semble ignorer complètement les quantités réellement mobilisables à court terme et plus encore de façon durable. Cela aura pour effet d’engendrer de graves conflits d’usages qui concerneront l’ensemble de la filière bois. À moins que CIBV dissimule la nature réelle de son projet industriel, ce qui, compte tenu des informations présente dans le dossier ICPE, n’est pas à exclure.
1-2-2 Le grand flou dans la ressource qu’il s’agit-il d’exploiter
La valorisation des « rémanents et des souches » constitue un argument public central du projet tel qu’il est présenté dans les outils de communication. Pourtant le dossier présente de très grosses contradictions :
D’une part cette ressource semble anecdotique :
– § 4.2.2 : « les souches et rémanents ne représentent qu’une faible partie de
l’approvisionnement global ».
– ICPE:1 § 4.2.2 : « De plus, le dessouchage sera proscrit dans les cas sensibles : forte pente, risque d’érosion de sols, proximité de cours d’eau ou de ripisylve… »
Pourtant l’alimentation en souches est d’autre part partout présente :
– ICPE:1 p. 12 § 5.1 l’approvisionnement sera basé sur :  » Lyaudet Ingen’R est spécialisé dans la collecte et la valorisation des rémanents forestiers (houppiers, souches, branches) »,
– ICPE:1 p. 14 § 6 sur la composition du site : « La société Lyaudet Ingen’R qui récupère les rémanents et souches de bois et les transforme en plaquettes forestières  » ;
– Tableau ICPE:2 p. 18 § 4.2.2b nous lisons dans le tableau du stockage de bois :
« Produits, matériels principaux intervenant dans l’unité : Rémanents forestiers
(branchages, souches) » ; ICPE:1 p. 16 § 2.1, etc.).
Par ailleurs le prélèvement et l’utilisation de grume et leur stockage est évoqué à de nombreuses reprises (notamment § 1.2 : « stockage à l’air libre du bois brut : grumes, souches et rémanents en andins ») alors que cette ressource est proscrite dans la présentation du projet.
Enfin les moyens mis en œuvre (économiques ; relations avec les propriétaires) pour acquérir l’approvisionnement nécessaire à leur activité sont extrêmement flous. Sur ce dernier point nous lisons ICPE:1 § 5.1 : « La ressource en proximité de Bugeat se situe très majoritairement en forêt privée morcelée, dans laquelle les difficultés de mobilisation
sont bien connues, ce qui nécessite un mode d’action et de prospection innovant auprès des propriétaires privés. » Les difficultés pour accéder à la ressource sont évoquées mais aucune hypothèse pour l’obtenir n’est élaborée.
1-2-3 Le tonnage d’exploitation présente de graves contradictions
Nous notons enfin une grande confusion dans l’utilisation des unités de mesure (m3, tonnes, hectares), mais surtout le chiffre exact concernant des besoins en matière première est extrêmement flou :
– p. 12 § 5.2 il est question de réunir 100000 tonnes par an pour produire en moyenne 45000 t. de pellets.
– ICPE:1 § 10 p. 28, il est question d’exporter 70000 tonnes de broyat forestier et de plaquettes auxquels viendront s’ajouter dans un second temps 50000 t. de pellets équivalent à 100000 t. de matière première.
Cela signifie que les besoins en ressource forestière ne serait pas de 100000 t. mais à minima de 170000 t. Ce qui équivaudrait au prélèvement d’environ 75% de la ressource en bois énergie dans la zone concernée.
L’ensemble de ces données ne permettent pas une approche claire de l’activité et de l’impact de CIBV sur le territoire. Elles démontrent surtout que le projet aura d’importants impacts sur l’exploitation forestière du plateau et donc sur la biodiversité associée, or le contenu de l’étude d’impact est muet sur ce point.
Cette insuffisance de l’étude d’impact a pour conséquence de très grosses lacunes sur l’évaluation de l’impact global du projet.
2- Insuffisance de l’analyse des effets du projet sur l’environnement :
Le tableau synthétique des impacts présenté en page 163 est trompeur car les affirmations ne sont pas justifiées.
L’impact sur la biodiversité sera significatif car les taillis abritent une biodiversité plus riche que les futaies de résineux, il suffit de se promener en forêt pour faire ce constat qui est confirmé par tous les biologistes.
L’impact sur les peuplements n’est pas nul. Prétendre que les taillis sont « pauvres » n’est pas justifié. La productivité d’une futaie n’est plus importante que celle d’un taillis que pour des forêts matures. Or les coupes se faisant de plus en plus rapprochées dans le temps, ce qui sera accentué par le réchauffement climatique, on arrive à des intervalles de
temps entre les coupes assez proches pour les deux types de forêts.
Impacts sur les sites et paysages. Qui viendrait prétendre que des coupes rases n’ont pas d’impact sur les paysages sans être d’une insigne mauvaise foi. Et la généralisation des plantations de résineux, ou de tout autre essence mieux adaptée au changement climatique et plantée en masse, entraînera également une modification majeure des paysages.

Impact sur les sols. C’est une affirmation qu’on trouvait encore il y a quelques années mais qui a été mise en défaut par de nombreuses études scientifiques. L’érosion après coupe rase, le tassement du sol par l’utilisation d’engins de plus en plus lourds, l’extraction des souches, ont des conséquences très dommageables sur les sols.

Impact sur les cours d’eau et zones humides du secteur. Les modes de coupes
génèrent des impacts significatifs sur les milieux aquatiques.
L’autorité environnementale a pudiquement noté son interrogation sur la gestion durable de la ressource. Elle a également signalé l’absence d’explications sur la possibilité, pour le territoire concerné, à fournir cette quantité de matière première.
Plus particulièrement nos associations relèvent plusieurs points rendant le projet inacceptable en l’état :
2-1 : L’absence de prise en compte de la présence d’un site pollué dans
l’emprise du site :
Le site de la future usine CIBV contient 12000 m3 de déchets de pneus broyés, selon le dossier ICPE. Ces pneus sont issus d’une activité industrielle ancienne qui a connu une liquidation judiciaire, suivie de plusieurs incendies. Ces produits sont actuellement stockés en partie sur le site prévu pour l’installation des équipements nécessaires au projet.
La présence de ces déchets sur le site n’est jamais clairement présentée dans le document. Pire on le retrouve dans la figure 26 au titre d’ « habitat naturel » !
Outre un bon sens élémentaire, au regard des éléments suscités, et d’études réalisées sur la pollution du Vert – ruisseau attenant -, la pollution du site ne pouvait être ignorée et l’absence d’analyse sur les effets actuels de cette décharge sur les eaux est inadmissible.
L’étude d’impact présente in fine page 110 l’enjeu comme « neutre ou très peu sensible », au motif que le site sera « nettoyé avant implantation du projet ».
Mais rien dans le dossier ne précise les modalités, conditions, financement de ce « nettoyage ».
On peut déduire du dossier le fait que la CIBV a prévu de procéder à la construction d’u  mur anti-bruit avec ces broyats de pneus. Avant de procéder à une telle construction, et ainsi pérenniser sur ce site la présence de déchets dont la pollution n’a jamais été évaluée, nous demandons à ce qu’une étude soit réalisée par un cabinet indépendant sur cette même pollution, et que, au regard des résultats, une dépollution du site soit mise en place. Pouvons-nous continuer de fermer les yeux sur cette pollution ? Qu’adviendra-t-il
lors du départ de CIBV, emporteront-ils leur “mur anti-bruit” avec eux ?
Le merlon anti-bruit présente une atténuation de 2,2 dB des émissions sonores de l’aérotherme. Dans le dossier d’impact, il est indiqué que “Les broyeurs auron uniquement un fonctionnement diurne alors que la chaudière fonctionnera aussi bien en période diurne qu’en période nocturne. Les autres équipements n’augmenteront quasiment pas les nuisances sonores dues aux trois broyeurs, à la sortie de cheminée de la chaudière et à l’aéroréfrigérant si leur puissance acoustique est au minimum de 10dB(A) en dessous de la puissance acoustique d’un broyeur (augmentation de 0,15dB(A)).”. Sans parler de l’impact sur la faune (notamment zone Natura 2000), le bourg de Bugeat, principale agglomération du secteur, n’est pas l’objet du merlon antibruit (position de celui-ci atténuant les diffusions au nord). Selon les professionnels, une atténuation de l’ordre de 2,2 db(A) serait quasiment imperceptible. Comme nombre d’éléments présentés par CIBV, nous subodorons à ce sujet un manque de transparence : cette construction, au vu de l’atténuation sonore qu’elle propose et de sa disposition, loin de présenter une quelconque utilité, ne serait qu’une manière détournée d’éluder le problème de la pollution du site, et de rassurer abusivement les élus et la population sur son “nettoyage”.
De plus, nous alertons l’enquêteur et les pouvoirs publics sur le fait que le merlon antibruit, composé de broyats de pneus, se situe à proximité de la chaudière huile thermique et de la zone de stockage de pellets qui, en cas d’incendie et selon l’étude de risque produite par Somival, produiraient un flux thermique de seuil 8kw/m2 (p.103 ICPE partie 2) sur ledit merlon, soit selon les seuils réglementaires pour l’évaluation des effets thermiques provocant des effets sur l’homme ou les structures, ayant des effets létaux significatifs.
A proximité de forêts, et prenant en compte le degré hautement inflammable d’un pneu, cela constitue un risque sérieux non pris en compte, sans parler de la pollution sur l’air, les sols, et l’eau subséquente.
2-2 : Les insuffisances du dossier en matière de gestion de l’eau :
Le projet CIBV est situé sur un cours d’eau de première catégorie, il se trouve à quelques centaines de mètres à l’amont hydraulique du lac de Viam, zone de baignade (3000 baigneurs/an) et de pêche, et est entouré de zones humides. Il est donc ceinturé de zones protégées et sensibles.
– Sur les effets sur la Vézère :
CIBV a prévu le pompage d’eau dans la Vézère par la station existante, or comme d’autres points du dossier, rien n’est clair sur ces questions environnementales d’ordre majeur.
L’ancienne station effectuait le pompage dans la Vézère mais également dans les zones humides à proximité. La pompe est actuellement hors service, tout comme la canalisation transportant l’eau de la Vézère au site, et traversant des zones humides. Les dysfonctionnements ont été récurrents lors de l’activité de l’entreprise précédente, ce qui occasionnait une dégradation régulière du milieu par la survenue de gros engins dans la tourbière. Le dossier admet enfin ne pas connaître précisément la localisation de la canalisation.
Il résulte de cet état de fait que des travaux importants seront nécessaires pour une remise en état du pompage et de la canalisation ? L ‘étude d’impact est pourtant muette sur ce point, comme elle est très insuffisante sur la question des débits prélevés ou du bassin de rétention prévu en période de basses eaux.
– Sur les eaux de lavage :
« Les eaux de lavage seront collectées par les surfaces à rebords hauts prévues sous chacun des équipements. Selon le type de lavage, les eaux seront soit rejetées au réseau EP soit collectées séparément pour une évacuation spécifique en camion-citerne. »
Cette partie est largement insuffisante, le coût d’une évacuation par camion-citerne n’est pas mentionné et la filière de traitement pas précisée concernant notamment les eaux de lavage des engins.
La question de la gestion durable de l’eau sur le site et son environnement est un enjeu important du dossier qui a été très peu étudié.
Seuls les effets directs de l’exploitation sur site sont présentés. Les effets indirects concernant le pompage, le stockage, la maîtrise des pollutions diffuses et ponctuelles,
l’utilisation incendie et la maîtrise des rejets courants ou lors d’orage est très insuffisante.
2-3 Insuffisance du dossier en matière de protection de la
biodiversité :
2-3-1 Absence de prise en compte et d’évaluation de l’impact sur le ZPS
oiseaux
La proximité de 2 grandes Zones de Protection Spécial (ZPS site Natura 2000), où les milieux boisés, notamment ceux visés par ce projet sont plus qu’importants d’un point de vue écologique, nous inquiète au plus haut point pour l’avenir et la conservation des espèces d’oiseaux inscrites à l’annexe I de la Directive « oiseaux » (et les autres aussi bien sûr) au vue des besoins en bois de ce projet. Les effets de l’exploitation forestière nécessaire à l’installation ne sont pas présentés.
Aucune évaluation Natura2000 n’est présente au dossier alors même que la zone d’alimentation en bois couvre l’ensemble de la ZPS oiseaux.
Certaines affirmations du dossier sont inadmissibles s’agissant d’une étude d’impact :  » le chardonneret élégant contacté en limite de plate-forme pourra cohabiter avec l’activité du site même si un certain dérangement est prévisible ».
2-3-2 : Insuffisances d’analyse des impacts sur le site de la gare-bois :
Nos associations qui sont agréées au titre de la connaissance et de la protection de la nature s’occupent d’étudier la faune sauvage du Limousin, de la faire connaître et d’assurer la pérennité des espèces qui la composent. A ce titre, nous siégeons dans diverses instances où notre présence est jugée utile par l’État et les administrations locales et régionales et nous sommes également animateurs de programmes Européens
(Natura 2000). Nous avons produit divers ouvrages sur la faune limousine, édité des listes rouges d’espèces menacées et contribué largement à la définition et la mise à jour des zones naturelles d’intérêt écologique floristique et faunistique (ZNIEFF) ainsi qu’au Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE).
Notre consultation des documents soumis au public dans le cadre du projet de création d’une unité de torréfaction et « pelletisation » du bois sur le site de la « Zone Bois de Bugeat – Viam » (19) a donc principalement porté sur la partie du dossier d’enquête consacrée aux conséquences prévisibles et éventuelles pour les aspects qui concernent les milieux naturels et la faune sauvage du projet de création d’une usine de transformation de bois sur le site de la gare bois de Bugeat-Viam en Corrèze à partir d’ une ressource en bois prélevée au plus proche .
La première remarque que nous ferons sera pour manifester notre grand
étonnement devant le fait que les études ne portent que sur le périmètre même de l’usine et très peu ou pas du tout sur les secteurs d’approvisionnement en bois alors que les conséquences y seront certainement importantes.
Dans le chapitre 5.3.3 de leur travail décrivant les sources bibliographiques sollicitées les auteurs disent avoir consulté la base de données « Faune-Limousin http://faunelimousin.eu/ ». Ils constatent et semblent déplorer que « ce site participatif (soit) loin d’être exhaustif et que plusieurs groupes ne (soient) pas renseignés (Chiroptères, Reptiles, Insectes, Mollusques, etc…) ».
Cette base de données a été mise en place dans notre région par nos associations en mars 2016 ; elle repose sur les contributions volontaires des bénévoles (1366 inscrits et 370248 données remontées à ce jour). Elle constitue donc un outil important de participation aux politiques de sciences participatives mais a aussi le souci de mettre à disposition des gens
et structures intéressées cette connaissance.
Cette possibilité offerte gratuitement et régulièrement mise à jour (en particulier les listes communales) est cependant assortie de l’avertissement qui suit : La liste communale des espèces est un outil mis à la disposition de tous par le Collectif Faune Limousin. Il s’adresse tout particulièrement aux différents acteurs qui interviennent dans la gestion du territoire (décideurs, administrations, collectivités, bureaux d’études, associations…). En quelques clics, il vous permet d’avoir accès à l’information ornithologique locale. Son fonctionnement est très simple. Il vous suffit de sélectionner la
commune souhaitée ; instantanément la liste des espèces observées sur son territoire apparaît. **ATTENTION** Les informations des listes communales ne sont pas exhaustives et évolueront au fur et à mesure des participations à venir. En conséquence, l’absence d’une espèce dans cette liste est peut-être le simple fait d’une prospection lacunaire qu’il convient de ne pas mal interpréter. Toutefois l’information sur certaines espèces n’est pas disponible à l’échelle de la commune (carte et liste) en raison de leur sensibilité : Cigogne noire, Loup, …
Dans notre esprit, il est bien évident qu’un bureau d’étude intervenant dans le cadre d’un projet potentiellement porteur de conséquences sur les milieux naturels et les espèces sauvages devrait soit être lui-même doté des compétences nécessaires soit faire appel pour ces parties précises à des structures spécialisées.
Sinon, et cela nous semble être le cas en l’occurrence, on se contente de quelques trop rares et trop brèves visites de terrain et de la consultation de documents généraux certes indispensables pour une contextualisation des observations mais qui nous paraissent insuffisantes dans le cadre d’une telle étude. Ces remarques peuvent paraître exagérées ou même injustes mais elles reposent sur notre longue expérience du sujet. Nous intervenons nous mêmes régulièrement dans des études préalables à divers aménagements ou même simplement à des mises en protection de site et nous constatons les niveaux d’exigence requis à juste titre, par exemple lors de l’implantation d’éoliennes, de zones d’activités commerciales ou de la création d’une réserve naturelle régionale.
Il nous semble donc qu’il existe désormais un certain « standard » dans ces domaines et qu’il n’est pas tout à fait atteint ici.
Certains partis-pris explicites nous étonnent aussi, en ce sens qu’ils tendent tous à minimiser l’intérêt du site sans que cela soit argumenté de façon convaincante. Nous y reviendrons par la suite.
Précisons tout d’abord que certains de nos bénévoles connaissent un peu ce site dit de la gare- bois de Bugeat-Viam. et que les observations qu’ils y ont réalisé témoignent du fait que ce lieu pourtant très maltraité et découlant d’aménagements lourds présente sous certains aspects un réel intérêt naturaliste. Comme vous le savez, la création de cette
gare  ois avait été décidée à la suite de la grande tempête de décembre 1999 afin d’évacuer par rail une partie au moins de cet afflux brutal de bois, en particulier vers la papeterie de la société « International Paper » à Saillat sur Vienne – 87. Cependant, les gros travaux initiaux (terrassement de plates formes, création de bassins en eau, extension du réseau ferré, construction d’un grand hangar…) n’ont pas du tout été suivis par la mise en place du transport par rail du bois récolté sur la montagne limousine. L’intégralité des acheminements vers les lieux de transformation a continué de se faire par camions. Si ce n’est quelques stockages ponctuels de bois et la création d’un dépôt de déchets de pneus, les quelques 10ha du site ont donc été littéralement rendus à la nature.
Un certain nombre d’espèces végétales et animales adeptes des milieux dits « pionniers » ont donc occupé ces lieux certes bouleversés mais extrêmement calmes et d’une certaine variété paysagère.
C’est pourquoi la qualification de la majeure partie du site en « friche rudérale » que propose le document ne nous semble pas décrire assez précisément la nature réelle des milieux présents.
Il ne s’agit pas d’un point de détail car la suite des appréciations sur la richesse du site en termes de biodiversité repose en grande partie sur cette appréciation initiale.
Ce parti pris est bien illustré par les affirmation suivantes (page 65/193) :
« Toutefois, compte tenu de la particularité du site constitué d’une plate-forme aux sols fortement remaniés, nous avons choisi de ne pas prendre en compte l’ensemble des données bibliographiques, car celles-ci sont représentatives d’habitats beaucoup plus riches que l’on peut notamment retrouver aux alentours de la plate-forme étudiée. »
Nous aimerions beaucoup que l’appréciation du Conservatoire Botanique
National du Massif Central sur ce sujet soit sollicitée.
Pour ce qui est des espèces animales mentionnées, nos appréciations reposant sur les données disponibles dans « faune Limousin » ne corroborent pas non plus exactement ceux émis dans le document soumis à l’enquête publique.
Nos bases de données font mention de 4 brèves visites (jeudi 3 juillet 2014, dimanche 27 novembre 2016, jeudi 25 mai 2017, lundi 19 juin 2017).
Les oiseaux
Ces 4 sorties sur le site ont fourni la liste suivante :
Elle complète utilement celle présentée par le bureau d’étude (tableau 7, page 82/193 ) en faisant apparaître des espèces typiques des zones humides boisées du plateau (Bouvreuil, Pouillot fitis) mais aussi l’Alouette lulu inscrite à l’annexe 1 de la Directive oiseaux et qui a trouvé en ce lieu les zones de terre à nu et de végétation lacunaire qu’elle affectionne.
Soulignons aussi le fait que même le grand hangar a trouvé des adeptes ; Bergeronnette grise, Rouge queue noir, Hirondelle rustique et même, de façon très surprenante l’Hirondelle de rochers présente en 2014 et 2017 avec des indices probants de reproduction.
Pour nous, l’appréciation selon laquelle « Pour la plupart des espèces d’oiseaux recensées sur le site, leur présence est essentiellement liée à l’existence d’une importante zone boisée autour du site » témoigne simplement du parti pris déjà évoqué et du manque de prospection (une seule date mentionnée dans les relevés oiseaux, celle du 9 juin).
Espèce Nom scientifique Indice de reproduction
Accenteur mouchet Prunella modularis possible
Alouette lulu Lullula arborea probable
Bergeronnette grise Motacilla alba certaine
Bouvreuil pivoine Pyrrhula pyrrhula possible
Bruant des roseaux Emberiza schoeniclus
Bruant jaune Emberiza citrinella probable
Buse variable Buteo buteo possible
Chardonneret élégant Carduelis possible
Corneille noire Corvus corone possible
Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla possible
Fauvette des jardins Sylvia borin probable
Hirondelle de rochers Ptyonoprogne rupestris probable
Hirondelle rustique Hirundo rustica certaine
Hypolaïs polyglotte Hippolais polyglotta possible
Linotte mélodieuse Carduelis cannabina probable
Merle noir Turdus merula possible
Mésange charbonnière Parus major possible
Mésange huppée Lophophanes cristatus possible
Mésange noire Periparus ater possible
Moineau domestique Passer domesticus possible
Pinson des arbres Fringilla coelebs possible
Pouillot fitis Phylloscopus trochilus probable
Pouillot véloce Phylloscopus collybita possible
Roitelet à triple bandeau Regulus ignicapillus possible
Rougegorge familier Erithacus rubecula possible
Rougequeue noir Phoenicurus ochruros certaine
Tarin des aulnes Carduelis spinus
Les mammifères, reptiles et amphibiens
Aucune recherche particulière n’ayant été faite à des moments et selon des protocoles adéquats aucune espèce de mammifère n’a été observée sur le site.
Il est donc un peu abusif de prétendre comme le fait le bureau d’étude (page 81/193) que « le site présente ainsi peu d’intérêt pour les mammifères ».
Mentionnons aussi le fait que les chauves ‘souris n’ont pas même été recherchée…. Pour ce qui concerne les amphibiens la Grenouille « verte » a été vue et écoutée tant par le bureau d’étude que par un de nos bénévoles dans un des bassins créés sur le site.
De notre côté, tenant compte du peu de temps passé à les rechercher nous ne porterons pas d’avis plus tranché au sujet de ce groupe et surtout pas pour dire comme la fait le document soumis « qu’au regard des données bibliographiques, la zone d’étude ne présente pas de potentialités pour la salamandre tachetée ».
Pour ce qui est des reptiles, enfin, ils n’ont fait l’objet d’aucune recherche, ce qui est dommage au vu de la configuration du site.
Pour notre part nous disposons d’une donnée de Couleuvre à collier (Natrix natrix) le 19 juin 2017
Nous regretterons enfin que les insectes et les mollusques n’aient pas non plus fait l’objet du moindre inventaire alors qu’il existe dans la région des structures tout à fait à même de combler ce vide.
3- Insuffisances du dossier en matière de bilan carbone
Le bilan carbone du projet n’est calculé qu’à partir de l’exploitation forestière.
Les émissions de gaz à effet de serre de l’usine ne sont pas estimées ni celles nécessaires au transport du bois vers l’usine et des pellets vers les clients (6 camions/heure). Ni l’utilisation de ces pellets par les clients.
Faire une comparaison entre le transport par camion et le transport par train montre un avantage pour le train mais cela ne réduit pas les émissions à zéro. La perte de carbone du sol liée à l’arrachage des souches n’est pas évaluée.
Le tout est largement biaisé car basé par l’hypothétique reboisement productif des propriétaires de forêt sur lesquels le porteur de projet n’a aucune prise.
L’autorité environnementale a signalé l’absence de bilan énergétique ce qui ne permet pas de faire un vrai bilan carbone.
Ce point de l’étude est particulièrement insuffisant.
4- Sur l’insuffisance de démonstration des capacités techniques et
financières
L’article L181-27 du code de l’environnement impose que « l’autorisation prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 et d’être en mesure de satisfaire aux obligations de l’article L. 512-6-1 lors de la cessation d’activité. »
En ce sens l’étude d’impact doit présenter les capacités techniques et financières de l’exploitant.Dans le dossier proposé, non seulement l’exploitant n’est pas clairement identifié, mais en plus ses capacités financières sont présentées de manière trop floue.
Le renvoie à des financements extérieurs potentiels sans présenter de justificatifs de promesses de prêt n’est pas admissible s’agissant d’un projet à 22 millions d’euros.
Conclusion
Cette série de motifs, non exhaustifs, démontre que l’étude d’impact produite au dossier ne permet pas de prendre en compte l’ensemble des effets directs et indirects du projet sur l’environnement. Ces insuffisances ont pour effet de minimiser les impacts du projet sur l’environnement et donc de ne les prévenir de manière satisfaisante.
Dans ces conditions, les associations signataires émettent un avis très défavorable à ce projet en l’état.
Elles vous demandent Monsieur le commissaire enquêteur d’émettre un avis très défavorable au projet et de recommander l’organisation d’une concertation préalable.
Les associations alertent enfin les élus et Monsieur le Préfet sur les conséquences qu’auraient la mise en œuvre d’un tel projet dans ces conditions, en matière d’atteinte à la biodiversité et à la protection de l’environnement.